J’ai choisi le premier poème en pensant à la petite fille
palestinienne dont la famille vient d’être décimée, sur une plage, à Gaza. Je
pense que Avot Yeshurun (voir sa biographie)
n’aurait pas récusé cette dédicace.
Sur la plage
Sur la plage la plus pauvre,
sur une plage de rochers,
dans ton étreinte tu nous as pris, Bat Galim,
tu m’as pris
Tout, j’ai quitté.
De tout, j’ai manqué.
Je leur ai procuré
une réalité de misère.
Des buissons de cactus tu m’as donnés.
J’ai mangé de de leur fruit, et son âcreté
a duré des jours en moi Cette âcreté,
je l’ai mangée, mangée.
J’étais presque
adolescent.
Tu as versé sur moi
un baquet de soleil.
J’ai quitté la maison,
c’était comme une opération ?
Et je ne suis pas
revenu à la maison.
J’ai quitté ta maison,
c’était comme une opération.
Et je suis revenu dans ta maison.
Revenu, revenu.
14 mars 1976
(p. 111)
Fuyante proie
Une tourterelle est entrée dans le soir de l’arbre comme
une petite poire chaude.
Fondante. Merveille de poire. Trésor à portée de main.
Il y eut une fois dans l’enfance
une merveille d’oiseau dans le creux de la main :
rêve ir-
réalisé. Mais maintenant – prends-là. Tiens-la bien
28 juin 1973
(p. 117)
Avot Yeshurun, La faille syro-africaine, Actes Sud, 2006
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Rédigé par : Pierre Kobel | mardi 13 juin 2006 à 22h03