Auxeméry propose à Poezibao une brève série intitulée Poèmes du confinement.
Aujourd'hui Goethe, Bienheureuse aspiration.
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Auxeméry propose à Poezibao une brève série intitulée Poèmes du confinement.
Aujourd'hui Goethe, Bienheureuse aspiration.
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Rédigé par Florence Trocmé le lundi 23 mars 2020 à 11h10 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)
Auxeméry propose à Poezibao une brève série intitulée Poèmes du confinement.
Aujourd'hui H.D., Holy Satyr
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Rédigé par Florence Trocmé le dimanche 22 mars 2020 à 10h03 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)
Auxeméry propose à Poezibao une brève série intitulée Poèmes du confinement. Aujourd'hui Germain Nouveau, le poème L'Amour de l'amour.
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Rédigé par Florence Trocmé le samedi 21 mars 2020 à 10h57 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)
Auxeméry propose à Poezibao une brève série intitulée Poèmes du confinement. Aujourd'hui e.e. cummings
On peut accéder au poème de e.e. cummings, Maggie and Milly and Molly and May et à sa traduction inédite par Auxeméry, en cliquant sur ce lien.
On peut écouter une version de ce poème chanté par Natalie Merchant.
En cas de difficulté de téléchargement à partir du lien ci-dessus, une autre possibilité, écouter Natalie Merchant sur YouTube
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 20 mars 2020 à 14h14 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)
Auxeméry propose à Poezibao une brève série intitulée Poèmes du confinement.
Aujourd'hui Omar Khayyàm (غياث الدین ابو الفتح عمر بن ), né à Nishapur, où sa tombe est toujours vénérée, 1048 -1131.
Pour accéder au poème, cliquer sur ce lien.
Rédigé par Florence Trocmé le jeudi 19 mars 2020 à 09h44 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)
Auxeméry propose à Poezibao une brève série intitulée Poèmes du confinement. En premier lieu cette traduction inédite d'un poème de Zhāng Yăng Hào (1270 – 1329).
Il s’appelait 張養浩(en pinyin : Zhāng Yǎnghào / monsieur Tchang, quoi !) Il est né au Shandong, y a été enterré ; il fut pendant un temps un ponte au Ministère des Cultes, sous la dynastie Yuan ; et puis il a été limogé…
Poème et traduction sont accessibles par un simple clic sur ce lien.
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 18 mars 2020 à 15h49 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)
Marc Dugardin publie D’une douceur écorchée, janvier 2016 – décembre 2018, aux éditions Rougerie.
En exergue de tout l’ouvrage :
J’entends qu’ils disent de la vie
qu’elle est le seul havre et recours
Paul Celan, traduction Jean-Pierre Lefebvre
Une main pleine d’effroi
de gratitude, d’étonnement
puis-je te la tendre ?
Tarjei Vesaas, traduction de Céline Romand-Monnier
(quatrain)
rêve / les doigts / un clavier
la romance au bord du vide
et nous agrippés à la paroi
manquante de ses paroles
*
(après une lecture / Joë Bousquet)
les mots attendent de nous
autre chose que nous-même
c’est cela
que secrètement ils écoutent
lorsque nous les prononçons
(p. 9)
*
(lied)
on va sur la berge
perdu dans la perte
dont la rivière suit le cours
notre visage de mort
est déjà passé par là
comme on rêve pourtant
d’un grand lit d’indulgence
et d’être ce marcheur
dont le visage est en paix
et qu’on n’a pas vu venir
(p. 19)
*
(à la mémoire d’Imre Kertész)
ces ornières derrière nous
creusées
ces coups de pelle
fugue fracassée
et ces corps
ces tas de corps
lui quand même
respirant
et la main qui écrivait
d’une page non ensevelie
il nous enfante
(p. 20)
*
(note bleue)
bas et lourd
ce couvercle
son poids de détresse
de peurs qui s’amoncellent
sans peine
les oiseaux le soulèvent
ou simplement
ils l’ignorent
leur chant est ici
et déjà ailleurs
dans le jour qui court à sa perte
ils écoutent
plus loin que ce qui est perdu
(p. 28)
*
(sans titre)
ce n’est jamais vraiment une table
dans le poème / simplement une table
cela ressemble trop à un poème
je le gomme
je le fais disparaître au fond d’un bol
je fais passer le bol de main en main
mon poème est le deuil d’un poème
les vivants sont assis autour de la table
(p. 49)
*
2017 : (24 février)
Écrit hier un poème, bref, modeste, démarrant sur le couvercle baudelairien évoqué ici à plusieurs reprises. L’étonnement (cet ingrédient indispensable du poème) est venu pour moi du rappel de la notion de note bleue. Notion de théorie musicale que je ne saisis qu’intuitivement, mais qui m’a semblé s’imposer. La blue note en jazz, la note bleue chez Chopin (quand la mélancolie est de la mélancolie – mais pas que, dirait-on aujourd’hui). La note bleue dans un livre qui m’a beaucoup marqué, Lila et la lumière de Vermeer / La psychanalyse à l’école des artistes, d’Alain Didier-Weill.
(p. 65)
(8 août)
Un bref poème est venu, enfin (cela me travaillait depuis un certain temps), à partir de A Love Supreme de John Coltrane. Pas comme je m’attendais à le voir venir, et écrire cela est un soulagement. Décidément, c’est dans l’écriture du poème que tricher est le plus difficile, c’est là que l’obligation d’être surpris (si je puis l’écrire ainsi) est la plus forte, comme un ingrédient essentiel de l’écriture. Bien sûr le poème ne nous vient pas par magie, on y est, naïvement dit, pour quelque chose et même pour beaucoup. Mais c’est son déclenchement surtout, il me semble, qui nous échappe, et aussi le point de déséquilibre / équilibre auquel il conduit, sur lequel il s’arrête. Pour se maintenir, chuter ou disparaître...
(p. 67).
Marc Dugardin, D’une douceur écorchée, janvier 2016 – décembre 2018, suivi d'une approche par Vincent Tholomé, éditions Rougerie, 2020, 80 p., 13€.
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 18 mars 2020 à 14h50 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)
Joël Vernet publie L’oubli est une tache dans le ciel aux Editions Fata Morgana.
La solitude me permet de connaître
le grondement énorme de ma vie.
Jean Giono
La maison où vivre avec le silence
J’ai rêvé d’une vie engloutie dans la neige, dans la nuit, le contraste du noir et blanc étant pulvérisé par mes songes, la lumière du réel. Il me semble vivre depuis des siècles loin du monde, dans un village si retiré que son nom n’existe même pas sur les cartes contemporaines. J’ai vécu ici mille saisons, à lire, à écrire, à ne rien entreprendre, dépourvu de toute visite. Au bord d’une fenêtre, à regarder passer les nuages, à écouter les moindres bruits. Dans un jardin si étroit, j’ai eu des rêves immenses : la maison elle-même prenait des dimensions irréelles. Elle en devenait géante. Pourrai-je un jour la quitter, m’éloigner d’elle, la remplacer par un autre abri ? On me visite peu, très peu. Parfois je me hasarde au-dehors, partant marcher dans la montagne ou voyageant très loin, à l’autre bout du monde. Partout, je sais retrouver mes semblables. Je rêve, lis, tout à l’écoute de l’infini bruissement. Des carnets brillent au soleil sur le coin d’une table ou sur la souche abandonnée sous l’arbre unique du jardin, planté dans un autre temps envahi de nuages. Les carnets sont mon seul espoir. Est-ce une vie cela, dévolue à la seule contemplation ? Les actifs de tout acabit me sermonnent, jalousant sans doute mon pouvoir de savoir vivre ici, loin de toutes les nuisances pourrissant l’Univers ! Des années à côtoyer le silence m’apportent un alphabet nouveau. De la fenêtre, je vois passer les vivants ; parfois certains sonnent à ma porte. Je les reçois avec grande courtoisie. Nous parlons de la pluie et du beau temps : ce sont les plus riches conversations. Des morts aussi viennent jusqu’à moi. Ils ont toujours été à mon égard d’une rare franchise. J’ai conservé quelques-unes de leurs phrases légèrement désenchantées, leur humeur drôlatique nous ramenant toujours à la brièveté de cette vie. Les morts sont d’un humour inestimable : on ne la leur fait plus. Certains me sont inconnus, mais j’ai souvent le sentiment de les fréquenter depuis longue date. Ils sont ouverts, bienveillants, ne réagissent pas au jugement, à la morale. Ils apparaissent, disparaissent. Je m’incline devant eux, souvent dans un paysage d’une telle beauté que mes yeux n’en peuvent plus supporter l’éclat. J’écris pour être un peu moins seul dans la vaste maison : les poèmes sont des compagnons inestimables. Un rouge-gorge annonce sa visite contre la vitre. Son cou fait comme un éclat rouge ou roux sur la fenêtre. C’est un signe apparaissant au crépuscule. Il m’aidera à entrer dans la nuit, tandis qu’un chat alarmant rôde dans le jardin, guettant la proie que je ne serai jamais. Quant au rouge-gorge, il est le plus malin. Je vois l’ombre du chat s’en allant sur le muret, penaud. L’oiseau volette maintenant au-dessus de nous dans l’obscurité profonde. Durant ces jours et ces nuits, je me suis émerveillé d’un rien, de la splendeur de petits événements venant frapper à ma porte afin de savoir si quelqu’un était bien là, présent, disponible. J’ai répondu oui, sans hésitation. Être présent dans sa propre vie, c’est bien le moins, non ? Tandis qu’au loin tant d’hommes roulent dans la boue, sidérés, se pliant à la vie courante. Ma solitude est un navire s’en allant partout. D’ici, je vois le monde entier. Les reproches que l’on m’adresse, je les entends comme une chance, une sorte de miracle. Maître de mon temps, je ne rends des comptes qu’à la vie éblouissante.
*
La fatigue
La fatigue est une chance dès le matin, à vos côtés comme une ombre. Elle vous suit pas à pas, vous impose de vous asseoir au bord des chemins. La fatigue étrangement, vous confie un autre regard, un regard à l’acuité suprême. La fatigue n’est pas le désespoir. Elle est la haute exigence d’appréhender ce monde tout autrement, de le voir de manière inédite. La fatigue, loin de ralentir la vision en accroît la pertinence. Souvent, écrire quelques phrases vous demande beaucoup. Pourtant ce n’est rien une phrase, de la poussière de mots. Les laisser courir sur la page est tout votre travail. Faire semblant de lâcher la bride. La fatigue est à l’œuvre là aussi quand le soir descend jusqu’au fond de la maison. Que le noir s’entasse au fond des armoires, que les objets se diluent dans les pièces sombres, que s’efface la silhouette du chat. Au crépuscule sur le rebord de la fenêtre, il est une vérité pure, son noir se diluant dans celui des ténèbres. A l’aube il ronronne entre mes jambes, étirant ma pensée vers les cimes, se jouant des lassitudes. J’aime cette tendre patience. La fatigue ressentie alors est une douce chose, peut-être une forme de paix, de quiétude, tout le contraire du sommeil ou de l’indifférence.
Mais ce n’est pas une lasse fatigue, tout au contraire. Plutôt une fatigue lumineuse, invitant, sur les chemins, à la découverte : s’asseoir sur une pierre, attendre et contempler. Reprendre la vieille route, pour l’avenir. Sentir l’impulsion monter dans la veine des mots, qui nous met tous en marche ou en suspens. Retrouver le souffle dans les premières lumières d’un sous-bois... et voir dans cet élan et cet éclat un chevreuil disparaître, pour en rapporter l’image et la laisser vibrer à la clarté des lampes.
(63-64)
Joël Vernet, L’oubli est une tache dans le ciel, dessins de Joël Leick, Fata Morgana, 2020, 80 p., 14€
Rédigé par Florence Trocmé le mardi 17 mars 2020 à 15h10 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)
couché sous le petit matin comme au revers de main
j’attends rêve somnole rabrouant jusqu’au cœur
le participe inquiet factotum du petit jour lorsque le
corps s’ébroue j’aime les mondes qui bégaient je
tiens ma force d’un tilleul comme d’autres d’un ouragan
route qui vagabonde et dans l’étroit passage qui lie le
crâne au cou je ré dessine mes cartes intérieures
mondes enfouis à naître à coup de pics à coup de pelles
remblais de langues et d’histoires – trop de chance !-
les lieux me comment aux pieds comme en bouche on
ressasse un arôme perdu je connais quelques cols
et leur étroit passage et qu’il faut monter haut pour
passer l’autre bord parfois plus simplement au
ras du sol j’attends qu’une énergie mystérieuse en ma
conscience nègre mette le temps en mouvement le temps
qui en moi exaspère l’espace et le concentre
auge lilliputienne taillée dans le granit qui capte les
reflets de lune abreuvoir de l’oiseau avant que le socle
ne la sèche pierre qui doucement conquiert le sens
du temps et de l’histoire pierre étonnée de devenir
sable et de couler tranquille entre des mains d’enfants.
*
je bois à l’âme inconsolable de la poésie au monde
énorme au petit jour aux fleuves impassibles je bois
à ton nom sur ma peau comme autre peau je sédimente
je bois à l’avènement à la traque buvard posé
sur les yeux des mots douce lèvre tannée des présences
je bois à la confiance qui enfante le jour aux nuits
aux axiomes aux violettes je bois aux tristes sires
et aux joyeux lurons aux parents aux amis à tous ceux
qui sont morts qui viendront aux petits tout
petits et plus petits encore je bois tout au fond du
gosier digues ouvertes à l’émotion au flot qui vient
je bois seul à seul et à ma confrérie celle des
indigents des teigneux des hagards celle des innocents
que la simple rencontre en sa lumière bouleverse
tous les visages que je n’ai pas croisés et qui me
manquent le dehors est mon dedans le dehors
m’habite et me comprends comme la plaine reçoit la
pluies je buvarde seul l’autre me réconcilie quand
j’aurai levé un à un tous les voiles tous les manteaux
superposé qui m »ont sauvé du froid que la question
sans réponse possible enfin me baignera que j’aurai
rendu ce qu’à d’autres je dois muscles et sang
vérités et tanières lumières et enfants jusqu’à la trace
tout que je serai rendu à mon expression la plus
simple un point un rien un espace peut-être
l’espace d’un instant serai-je encore serai-je
enfin qui je serai »
Monique Domergue, ce qu’à d’autres ed Jacques Brémond , 2020, 13 p. 20€
(Choix d’Isabelle Baladine Howald, dont on peut lire une note de lecture de ce livre).
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 13 mars 2020 à 10h38 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)
Le poème Corona de Paul Celan fait partie du recueil Pavot et mémoire (Bourgois).
Il a été écrit à Vienne en 1948 et dédié à Ingeborg Bachmann, ainsi que 23 autres poèmes, annotés plus tard au crayon « für dich » (pour toi), sur l’exemplaire de la seconde édition de 1954, qu’il lui a offert.
Comme souvent les poèmes de Celan, celui-ci recèle une énigme, ne serait-ce que par son titre.
Trois traductions sont proposées, avec leurs échos différents.
Il m’a semblé qu’en cette période « virale », Corona, un poème d’amour, était à lire ou relire, en laissant ouvertes sa dernière strophe et sa fin « Es ist Zeit », « Il est temps ». De quoi, au juste ?...
Isabelle Baladine Howald
Paul Celan : Corona
Version originale et trois traductions
Corona
Aus der Hand frisst der Herbst mit sein Blatt :
wir sind Freunde.
Wir schälen die Zeit aus den Nüssen und
lehren sie gehn :
die Zeit kehrt zurück in die Schale.
Im Spiegel ist Sontag,
im Traum wird geschlafen,
der Mund redet wahr.
Mein Aug steigt hinab zum Geschlecht der
Geliebten :
wir sehen uns an,
wir sagen uns Dunkles,
wir lieben einander wie Mohn und Gedächtnis,
wie schlafen wie Wein in den Muscheln,
wie das Meer in Blutstrahl des Mondes.
Wir stehen umschlungen im Fenster, sie sehen
uns zu von der Straße :
es ist Zeit, dass man weiß !
Es ist Zeit, dass der Stein sich zu blühen bequemt,
dass der Unrast ein Herz schlägt.
Es ist Zeit, dass es Zeit wird.
Es ist Zeit.
*
Corona
L’automne mange sa feuille dans ma main :
nous sommes amis.
Des noix que nous cassons nous retirons
le temps et nous lui apprenons à marcher :
le temps s’en retourne aux coquilles.
Au miroir c’est dimanche,
en rêve c’est qu’on dort,
la bouche parle vrai.
Mon œil s’en va là-haut au ventre de ma bien
aimée :
nous nous regardons,
nous nous disons des choses sombres.
nous nous aimons comme pavot et mémoire,
nous dormons comme le vin dans les coquil-
lages,
comme la mer dans le rai sanglant de la lune.
Nous nous tenons là, étreints dans la croisée,
ils nous regardent depuis la rue :
il est temps que l’on sache !
Il est temps que la pierre veuille fleurir,
qu’un cœur palpite pour l’inquiétude.
Il est temps qu’il soit temps.
Il est temps.
Paul Celan Pavot et mémoire Trad Valérie Briet, ed Christian Bourgois, 1987
*
Corona
L’automne me mange sa feuille dans la main : nous sommes amis.
Nous délivrons le temps de l’écale des noix et lui apprenons à marcher :
le temps retourne à l’écale.
Dans le miroir, c’est dimanche,
dans le rêve on est endormi
la bouche parle sans mentir.
Mon œil descend vers le sexe de l’aimée :
nous nous regardons
nous nous disons de l’obscur,
nous nous aimons comme pavot et mémoire,
nous dormons comme un vin dans les coquillages,
comme la mer dans le rai de sang jailli de la lune
Nous sommes là enlacés dans la fenêtre, ils nous regardent depuis la rue :
Il est temps que l’on sache !
Il est temps que la pierre se résolve enfin à fleurir.
qu’à l’incessante absence de repos batte un cœur.
Il est temps que le temps advienne.
Il est temps.
Traduction de Jean-Pierre Lefebvre, in Paul Celan, Choix de poèmes réunis par l’auteur, Poésie/Gallimard
*
Corona
De ma main l’automne grignote sa feuille : nous sommes amis.
Nous écalons le temps hors des noix et l’instruisons à marcher :
le temps rentre dans l’école.
Dimanche au miroir,
on dort dans le rêve,
la bouche parle vrai.
Mon œil descend jusqu’au sexe de l’aimée :
nous nous regardons,
nous nous disons des paroles obscures,
nous nous aimons comme pavot et mémoire,
nous dormons comme le vin dans les conques,
comme la mer dans le rayon de sang de la lune.
Nous sommes à la fenêtre enlacés, ils nous regardent de la rue :
il est temps que l’on sache !
Il est temps que la pierre consente à fleurir,
qu’au désarroi batte un cœur.
Il est temps qu’il soit temps.
Il est temps.
Traduction de John E. Jackson, in Paul Celan Poèmes. Corti
Photo DR (source)
Rédigé par Florence Trocmé le jeudi 12 mars 2020 à 10h36 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)