Portrait de lecteur
Deux lectrices en fait. A ma gauche, jeune femme au manteau
noir à grand col froufroutant, visage large, ouvert sur le monde, chaussures
noires et blanches, cheveux blonds. Appréhension gourmande de son livre qu’elle
triture et tord Histoire de la beauté de Georges Vigarello.
En face ce moi, veste en velours rose framboise écrasée,
visage à la fois enfantin et trop féminin ( ?), un petit opuscule regardé
avec distance et ennui, Le Sénat
Rêver, penser, ne rien “faire” “laisse venir, laisse venir”
chantait Bashung, laisse ne pas venir, laisse tomber, laisse faire, sagesse des
expressions.
Les Capuçon
Déception hier soir au concert, les deux frères Capuçon,
Renaud le violoniste, Gautier, le violoncelliste avec le pianiste Frank Braley,
l’altiste Gérard Caussé et le contrebassiste Alois Posch dans le quatuor op. 87
de Dvorak et le quintette La Truite de Schubert….pas d’âme, pas de chair, un
peu « mignons » même, trop perlés, trop jolis, même dans la Truite,
Schubert bien joué doit donner le cafard, là c’était quasi salonnard et bien
viennois au mauvais sens du mot …. pas un instant où quelque chose est touché… dommage,
une autre fois en trio, les deux Capuçon et Braley, je les avais beaucoup
aimés.
Les images
Manque d’images intérieures. N’y en-a-t-il jamais eu, l’esprit
est-il mots seuls ou bien ont-elles été laminées ? Ou bien sont-elles rendues impossibles par leur
omniprésence extérieure : agression de figurations, déficit de pensée. Ça
clignote, ça scintille, ça brille et ça se tait. Ça sidère la conscience,
obnubile le sens, affole les compteurs intérieurs, viole le for, anéantit l’imaginaire
(comme capacité à former des images autonomes).
Passant
Vide de la poussette, vide du cœur, creux au corps après dépôt
de l’objet d’amour à la consigne.
Indices de présence
« Entre absence et présence
Mots
origine les mots à l’origine
origine de l’échange
mots des origines
la voix par-dessus les mots
quelle voix derrière les mots
mots privés d’échos
Voix
voix du premier échange
sa voix à elle
la mienne
quelles voix ce soir-là ?
sans voix pour dire : «à demain»
voix étranglée, la sienne pour répondre « a domani »
Mots
éclosion d’échos
déflagration de sens
tressage lacis réseau
vibrations résonances
enchâssement ailé
des mots en déraison
Voix
ondes silences échos
modulations
soupirs silences souffles
respirations
rires silences rythmes
ponctuation
Nom
affleurement de l’eau
oser le flux du nom
flâner entre voyelles
fermées puis ouvertes
à fleur de peau du nom
effleurement de femme
Lettres
papier caché plié
pages pliures détachées
crayon couleur plume
écriture cryptée
graphisme déchiffré
temps suspendu attente
Nom
grain du nom égrené
épelé comme fruit qu’on pèle
pollen effleuré
à fleur de peau
soufflé insufflé nommé
oser l’écho du nom »
Novembre 2003
Angèle Paoli
Rédigé par : Angèle Paoli | 24 décembre 2004 à 13h07