"Nul ne peut calculer le volume ni le rythme des
nouvelles, des informations, des suggestions verbalisées ou imagées qui nous
submergent et sollicitent l'attention, les émotions et la mémoire de l'individu
depuis la naissance des médias de masse à l'époque romantique jusqu'à la rupture
des digues avec l'Internet et la Toile planétaire. Le terme pseudo‑technique de
hit est révélateur. L'impact des
antennes de la conscience est incessant, le bruit focalisé sur le moi profond
imparable. Il traque désormais le subliminal pour l'assourdir. Les lumières
stroboscopiques de l'immédiateté ‑ que ce soit celles du stimulus sensoriel,
de l'information ou de l'imaginaire ‑ voilent en nous les renfoncements de la
vision.
Georges Steiner, Grammaires de la création, p. 372.
Il me semble, parfois, qu’un travail comme celui du Flotoir
peut m’aider à ne pas être complètement aveuglée, « sidérée » par ces
« lumières stroboscopiques de l’immédiateté ». A oser essayer de
réfléchir. Je ne dis pas « réfléchir par moi-même » car c’est une
question supplémentaire, autre : comment en effet laisser décanter,
déposer, face à ce flux incessant de faits mais aussi de commentaires, quelque
chose qui me soit propre. Q’est-ce qui est vraiment personnel dans ce que je « pense » ?
Quant au subliminal qui serait traqué par ce « bruit »
incessant, j’ai l’intime conviction que la poésie est un des moyens, un des
rares moyens, avec sans doute la musique, à pouvoir le laisser affleurer.
©Florence Trocmé
LE QUOTIDIEN
Des béances de l'impossible,
Je dois composer la chronique,
Dans les brillances de l'éphéméride
Jaillissent les secrets notoires
Des paroles grenades.
Les sourires colportent sans vergogne l'infinitif,
Garants d'une trajectoire en bonne intelligence avec le verbe
Ils rejettent l'implacable
Concédant au réel, un trop plein de complaisance.
De ce corps à corps avec les pourfendeurs de mythes
Surgira très bientôt un goût de l'immortel.
Inscrites pour toujours, les fêlures au plafond
De ce palais dodécaèdre,
Sculptent des édifices abstraction.
En regardant se dédoubler les mécanismes
Je veux parvenir à donner forme à la déraison,
Sans pour autant gommer la cicatrice,
Il me faut crayonner à tâtons.
Rédigé par : Guidu Antonietti di Cinarca | 08 janvier 2005 à 14h25