Cela fait en effet un moment que je veux écrire trois mots sur ce thème de la copie. Car oui, je copie, inlassablement, malgré les ordinateurs et les dictées vocales et les logiciels d’OCR (alias reconnaissance de caractères). Et pourquoi donc ?
petit a parce que les dits procédés ne sont pas vraiment au point et demandent tellement de corrections qu’on a plus vite fait d’user de ses doigts (surtout s’ils sont de pianiste, cela évite ensuite d’avoir à faire des gammes ! et ils sont bien entraînés…). Scanner un poème puis l’éditer à partir de la reconnaissance de caractères, c’est long, fastidieux et dangereux, car on laisse immanquablement échapper des scories. Quant à la dictée vocale, elle est si prosaïque ! Elle reconnaît plus volontiers Cac 40 que Roubaud, Nestlé que Nelly Sachs. Mais elle a un avantage, elle provoque des fous rires extraordinaires : car s’il est magique, parfois, de voir sortir toute armée du micro une phrase parfaite, il est du plus grand comique de voir ce que donnent, une fois absorbées, recalculées et devinées par le logiciel, certaines de nos tournures….
petit b : parce que je ne connais rien de plus heureux
que cette pratique de la recopie. Privilège absolu de pouvoir, cinq jours sur
sept, prendre le temps de recopier de la poésie, plus d’un millier de poèmes
ainsi recopiés jour après jour. Et je songe à tout ce que j’ai pu lire et qui
m’a fait tant rêver, de Bach ou de Mozart « s’esquintant la vue » à
recopier, plus ou moins en cachette (dixit la légende) les œuvres de leurs
prédécesseurs pour bien s’imprégner de leur style et de leur manière. Et voilà
le cœur de la question : copier, recopier, inlassablement de la poésie,
jour après jour, depuis plus de trois ans, n’est-ce pas le moyen privilégié de
former son goût, son oreille, son discernement ? Et de s’identifier à l’immense cohorte des copistes, les moines,
les scribes, les étudiants, les fauchés, les amoureux, bref tous ceux qui ont
écrit et aimé avant la photocopie et l’ordinateur et l’internet. Cohorte, vous
dis-je……
©florence
trocmé

Je n'aime guère faire ma "pub", mais à propos de ces quelques lignes si fortes sur la "copie" et la multitude des copistes et des scriptoria rêvés, cet écran à vous dédié :
http://perso.wanadoo.fr/dachlmat/l'ecritoire.html
Rédigé par : grapheus tis | 19 février 2005 à 17h46