Lu le livre qu’Alain Bosquet lui
a consacré en 1953 dans la collection Poètes d’aujourd’hui chez Seghers.
Livre qui a
suscité des impressions contradictoires . J’ai souvent trouvé Bosquet ennuyeux
et un peu plat, tout en appréciant la construction de son livre qui suit, pas à
pas, la construction de l’œuvre de Perse : Eloges ou le poème ignorant
de sa genèse, Anabase ou rencontre du poème et de sa genèse, Exil
ou alliance du poème et de sa genèse, Vents ou fusion du poème et de sa
genèse, Amers ou la trinité, objet, poète, poème, puis Chronique
et chant pour un équinoxe ou le retour au poème intime.
Peut-être
suis-je marquée par l’engagement des poètes intervenant à propos de l’œuvre
d’un autre poète tel qu’il se manifeste dans la collection anthologique de
Jean-Michel Place ? Mais c’est faire fi
de cinquante ans d’évolution des mœurs critiques !
Je n’ai pas
non plus apprécié la partie intitulée « choix d’images » où Bosquet reproduit,
prélevées un peu partout dans chaque recueil, de très courtes citations. Elles
sont superbes certes, mais les tirer ainsi de leur contexte et les aligner bout
à bout me semble contestable.
En tout
état de cause, j’ai enfin fait entrer Saint-John Perse dans l’almanach poétique
de Poezibao, occasion pour moi de composer sa fiche biographique et
bibliographique. Et de me promener dans le magnifique site conçu par Loïc Céry.
Quelques notes prélevées dans le livre de Bosquet :
« Alliant la connaissance la plus encyclopédique au mystère,
la sémantique au merveilleux, la rhétorique à l’exposition d’une imagerie aux
registres innombrables, la logique de la sensibilité à la sensibilité de la
raison, cette œuvre ne connaît pas,
n’admet pas de différence entre prose et poésie » (Alain Bosquet, Saint-John
Perse, collection Poètes d’Aujourd’hui, Seghers, 1954, p. 96. )
Noté aussi cette remarque plus technique d’A.B. sur la
syntaxe de Saint-John Perse
« La syntaxe de Saint-John Perse se caractérise par l’emploi
: 1) d’interjections et d’ellipses ; 2) de verbes impersonnels et de pronoms
neutres ; 3) de changements de personne au sein du même verset ; 4) de
conjonctions telles que "et", "et puis", "or",
etc. au début d’un chant ou d’un poème ».
Ces remarques sont développées, exemples à l’appui dans les
pages 87 et suivantes :
« l’interjection et l’ellipse prêtent au poème un tom
péremptoire et solennel »
« Le changement de personne ranime le chant, ravive le
poème, leur fait changer de voix et d’octave, parfois de rythme et de vitesse.
Il met en relief surtout leurs qualités dramatiques »
« Les conjonctions peuvent, au début d’un poème, marquer le
prolongement d’une respiration, d’une inspiration, qui ont leur source
ailleurs, au-deça du poème et de sa présence visible. C’est que chez Saint-John
Perse, le poème ne débute pas, il continue. »
FT

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