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lumières : je conseille de cliquer sur ce lien, pour comprendre ce nouveau projet du Flotoir. Il s'agit de collecter chaque jour de la semaine, une lumière ou une ombre. Le dimanche je propose sept courtes séquences qui seront numérotées de 1 à 365 et qui correspondent à tous ces éclairages ; je commence au numéro 2 parce que j'ai déjà donné le numéro 1 en expliquant à qui je devais cette idée....)
Semaine 1
2. La lumière, cet après-midi, en sortant de l’hôpital, d’un
nuage sombre ourlé de soleil et sur lequel se détachaient en une linéarité comme exacerbée, les
branches encore nues d’un arbre ; fouillis végétal jouant un contrepoint
avec la structure linéaire et mathématique des poutrelles métalliques du métro
aérien.
3. La lumière, aujourd’hui, ce sont les ombres, les ombres longues de cette première journée de printemps, les ombres retrouvées après des jours et des jours de gris aplatissant. Aujourd’hui, lumière = sculpture. Je songe à Annie le Brun écrivant « qui a eu seulement l’idée de calculer la vitesse de l’ombre ? » Ombre pour Ombre, récemment publié chez Gallimard (p. 87).
4. Ma lumière de cet après-midi : le néon rouge qui épouse la tête sculptée d’un cheval, en proue de la boucherie chevaline. Je songe à l’épouvante scandalisée de tant de petits enfants lorsqu’ils découvrent qu’on peut manger du cheval.
5. La lumière, ce soir, est celle déclinante qui enveloppe l’arrondi de la coupole du musée Guimet. Je songe aux sourires des bouddhas, de tous les bouddhas du musée qui s’apprêtent à entrer dans la pénombre et la nuit. La nuit du musée. Mystérieuse.
6. Lumière comme révolte, aujourd’hui. C’est le petit cercle rouge d’une cigarette qu’une femme entre deux âges, portant un bébé à peine né sur son ventre, allume juste au-dessus de sa tête. Tandis que l’autobus repart en lâchant un nuage nauséabond. Petits poumons à peine dépliés et déjà martyrisés par suies, goudrons et particules.
7. Cet éclat tout à l’heure : le vert cuivre qui a guidé mon œil vers la flèche de l’Église Américaine du Quai d’Orsay. Je pense à mon enfance, à quelques pas de là, je pense aux amis très particuliers et très chers que j’ai connus là, au jardin d’enfants où allèrent mes deux frères, quand ils étaient petits. Je me souviens de leur jeune institutrice qui était une descendante de Suzanne Valadon et qui portait ce nom. Je pense aussi aux toits de la basilique de Saint-Denis qui me consolent du stade de France et des HLM de la banlieue Nord.
8. Ma lumière, ce matin, est celle qui brille dans la nuit.
C’est la poésie de Paul Celan :
"Parle – [ Mais sans séparer le non du oui.[ Donne
aussi le sens à ta parole [ donne-lui l'ombre
[ Donne-lui assez d'ombre, [ donne-lui autant d'ombre [ que
tu en sais partagée autour de toi [ entre minuit et midi et minuit. ". Je
pense à l’almanach poétique, créé en 2002 sur mon initiative sur le site
zazieweb.fr et qui vit une seconde vie désormais grâce à Poezibao. Je pense à
cette décision prise hier d’enrichir l’almanach de Poezibao même pendant le week-end en
reprenant les plus beaux extraits de cet almanach depuis le début.On ne parlera jamais trop de Paul Celan, de Philippe Jaccottet, d'Antoine Emaz.
©florence trocmé – 2005
«La lumière au fond est un jet de foutre. On pourrait dire ça. Mais c’est notre regard qui en est pénétré…»
Bernard Noël, L’Espace du Poème. Entretiens avec Dominique Sampiero. P.O.L., 1988, page 100.
Rédigé par : Angèle Paoli | 26 mars 2005 à 13h17