semaine 3 : du 28 mars au 3 avril 2005
Le projet 365 lumières
16. Pavots
La lumière, hier, dans les jardins de l’hôpital : celle
accumulée par les pavots orange, blancs ou jaunes, dans les plates-bandes
incroyablement fleuries et soignées de La Pitié-Salpétrière. Pour une fois,
trop chargée, je n’avais pas pris d’appareil de photo et je l’ai bien regretté.
Je me suis promis de revenir à cet endroit-là lors de ma prochaine visite.
17. Oiseaux
Oiseaux dans le blafard gris de l’aube. Le monde est
ainsi : abîme du gris, abîme du ciel, insondable mélancolie de ce qui sans
cesse advient pour mourir, de ce qui sans cesse éclôt avant de s’éteindre.
18. Bougies
Mes lumières d’aujourd’hui sont les bougies, celles d’un
gâteau d’anniversaire, et un peu auparavant les petits lampions d’une bien
jolie guirlande lumineuse, celle d’un cadeau offert à l’occasion de ce même
anniversaire. Un anniversaire familial précieux et qui suscite une certaine
fierté et une grande reconnaissance pour tous ceux et celles qui nous aident et
qui nous permettent année après année de célébrer cet anniversaire envers et
contre toutes les difficultés, parfois énormes, qui surgissent entre deux 29
mars. Reconnaissance aussi pour celle qui est là, avec nous, qui lutte avec
courage et nous éclaire de sa présence aimée.
20. Crépuscule
Saisie soudain alors que je ne m’y attendais pas, par
l’atmosphère, dehors. Un crépuscule comme luminescent, d’un bleu étrange qui
n’est ni bleu ni noir ni gris mais qui semble irradier et sur cette toile de
fond la jonchée de dizaines de milliers de lampes qui s’allument aux fenêtres,
comme le pouls de la ville.
21. Triboluminescence
Je pense que ces pages sur la lumière comme celles que j’écrivis
il y a quelques années sur le ciel, toujours vu de la même fenêtre, inclura des
commentaires sur le projet et des citations sur la lumière et l’ombre.
Aujourd’hui je m’arrête sur la triboluminescence. En
premier lieu parce que ce mot superbe me ravit. En seconde lieu parce que j’ai
découvert grâce à mon amie Ysarda et son blogzine qui mêle tous les genres
avec un rare bonheur, un site entièrement consacré à la science.
22. Christian Zacharias
Il peut y avoir de la lumière, de la lumière comme liquide,
dans le jeu d’un pianiste. C’est l’évidence qui m’avait frappée la toute
première fois que j’ai entendu Christian Zacharias jouer des sonates de
Scarlatti. C’était en 1979 son premier disque, il était inconnu. En achetant ce
disque, j’avais eu la main heureuse puisque je découvrais en même temps mes
premières sonates de Scarlatti (il y en a 555 !) et un grand pianiste. Que
j’allais retrouver ensuite dans plusieurs magnifiques Matin des musiciens
sur France Musique (qui n’avait pas encore d’ « s »), dédiés
notamment aux sonates de Mozart que Zacharias devait jouer, tout aussi
magnifiquement, après les Scarlatti. Cherchant dans ma bibliothèque musicale,
je découvre que Gabriele d’Annunzio comparait la musique de Scarlatti à une
fontaine « on dirait des bulles précieuses de l’eau, ou bien les gouttes
de la beauté ruisselante : ce sont les sonates de Domenico
Scarlatti ». Enfin pour la petite histoire, je noterai comment je me suis
arrachée les cheveux pour retrouver les partitions de ces sonates, car
coexistent encore aujourd’hui deux systèmes de numérotation du catalogue,
l’ancien Longo et le plus récent Kirkpatrick. Entre le repérage dans les disques
de Zacharias d’une sonate que j’avais envie d’essayer de jouer et la découverte
de la partition ad hoc, il y eut souvent longue traque !
Ecouter
quelques extraits de sonates de Scarlatti par Christian Zacharias
23. Les orages
Je me souviens de... ma délectation lorsque j’ai découvert que je
n’étais pas la seule à avoir peur de l’orage. Qu’on en juge : "un
jour que l'orage tonnait, que les éclairs jetaient une brusque lumière sur les
vitres et les feuilles très petites de l'arbre [...] je m'enfuis dans la
panique [...] j'ai été à la merci des orages comme un bouchon de liège est le
poupard des vagues qui plissent l'eau ou qui la bouleversent. Enfant, l'été
[...] quand l'orage approchait et que toutes choses, les feuilles et les chats,
les touffes de carottes et même les guêpes s'immobilisaient dans son attente,
je me précipitais jusqu'à la treille du jardin de derrière pour arracher à la
vigne un grain de raisin minuscule ; pour peu qu'il n'éclatât pas dans ma
bouche tandis que je l'avalais, je pourrais dormir en paix ; aussitôt
l'angoisse desserrait un peu sa prise sur ma gorge. Je devais penser que le
dieu de foudre et de tonnerre était assujetti au grain. En avalant un grain
d'orage qui ne crevait pas, il y a toute apparence que j'estimais soustraire ma
vie à sa colère et ma tête à sa foudre (Pascal Quignard, Petits traités 1,
Folio, tome 1, Premier traité, traité sur Cordesse, p. 15).
©florence trocmé
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