"Dans tous les inachèvements, je
trouve des têtes"
(Henri Michaux, in Emergences-Résurgences, Skira,1972 )
©florence trocmé
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"Dans tous les inachèvements, je
trouve des têtes"
(Henri Michaux, in Emergences-Résurgences, Skira,1972 )
©florence trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le 06 avril 2005 à 12h02 dans cailloux-têtes | Lien permanent | Commentaires (0)
Mon premier lecteur, rencontré il y deux semaines environ
est très grand, jeune. Il a les cheveux frisés et une petite touffe de poils
dans le creux du menton. Mais surtout il porte une superbe veste chinoise
noire. Certainement, portant une telle veste, il doit lire quelque chose de
raffiné. Las ! Il lit Maurice Druon….
Mon second lecteur, rencontré il y a trois jours, toujours
dans le métro est noir. Il porte un pantalon ranger beige plein de poches, un
chandail zippé daim et laine noire, un bonnet en laine beige et un sac à dos
dont on ne voit que les lanières, vertes. Certainement il doit lire une bande
dessinée ou des mangas. Non, il lit le
journal d’Anne Franck.
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Rédigé par Florence Trocmé le 05 avril 2005 à 17h34 | Lien permanent | Commentaires (4)
Hier après-midi dans la chapelle en croix grecque de la
Pitié Salpétrière où nous faisions comme lors de chacune de mes visites une
courte halte rêveuse, un moment très particulier, un de ces moments où
« précipitent » ensemble plusieurs composants en un véritable
processus alchimique. Ces éléments ? Le temps exceptionnel qui régnait en
ce dimanche après-midi de printemps ; le climat spirituel très particulier
créé par le mort du pape hier soir - guerres et surconsommation au ban pour
quelques heures - ; un ensemble vocal, les temperamens, répétant en vue
d’un concert prévu trois heures plus tard dans l’église presque vide ; la
tristesse pétrie de doutes de celle qui m’accompagnait….. : douze chanteurs,
une viole de gambe, un orgue positif…. j’attendais de la musique baroque non
seulement au vu des instruments mais parce que j’avais vu sur une petite
affiche Aus tiefer Not.
Mais soudain… ces accents très contemporains, évoquant Jean
Louis Florentz ou Arvo Pärt. Une beauté saisissante, le Aus Tiefer Not (titre
allemand du psaume CXXX, le De profundis) entonné par les voix d’hommes
les plus graves mais après, et après seulement que la viole de gambe, amplifiée
par l’acoustique très réverbérante de la chapelle, soit descendue dans le grave
à des profondeurs inouïes.
Alliance (alliage ?) une fois de plus de la beauté et
de la douleur.
NB : Les Temperamens donnaient en ce concert
quatre œuvres sur le Aus tiefer Not, de Bach, Schütz, Mendelssohn et Philippe
Hersant
Photo : la chapelle de
la Pitié Salpétrière est en forme de croix grecque avec coupole octogonale. Les
huit nefs disposées en croix « permettaient d'isoler les diverses
catégories de malades, forçats, filles et vagabonds ».
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Rédigé par Florence Trocmé le 04 avril 2005 à 20h03 | Lien permanent | Commentaires (1)
semaine 3 : du 28 mars au 3 avril 2005Le projet 365 lumières
16. Pavots
La lumière, hier, dans les jardins de l’hôpital : celle
accumulée par les pavots orange, blancs ou jaunes, dans les plates-bandes
incroyablement fleuries et soignées de La Pitié-Salpétrière. Pour une fois,
trop chargée, je n’avais pas pris d’appareil de photo et je l’ai bien regretté.
Je me suis promis de revenir à cet endroit-là lors de ma prochaine visite.
17. Oiseaux
Oiseaux dans le blafard gris de l’aube. Le monde est
ainsi : abîme du gris, abîme du ciel, insondable mélancolie de ce qui sans
cesse advient pour mourir, de ce qui sans cesse éclôt avant de s’éteindre.
18. Bougies
Mes lumières d’aujourd’hui sont les bougies, celles d’un
gâteau d’anniversaire, et un peu auparavant les petits lampions d’une bien
jolie guirlande lumineuse, celle d’un cadeau offert à l’occasion de ce même
anniversaire. Un anniversaire familial précieux et qui suscite une certaine
fierté et une grande reconnaissance pour tous ceux et celles qui nous aident et
qui nous permettent année après année de célébrer cet anniversaire envers et
contre toutes les difficultés, parfois énormes, qui surgissent entre deux 29
mars. Reconnaissance aussi pour celle qui est là, avec nous, qui lutte avec
courage et nous éclaire de sa présence aimée.
20. Crépuscule
Saisie soudain alors que je ne m’y attendais pas, par
l’atmosphère, dehors. Un crépuscule comme luminescent, d’un bleu étrange qui
n’est ni bleu ni noir ni gris mais qui semble irradier et sur cette toile de
fond la jonchée de dizaines de milliers de lampes qui s’allument aux fenêtres,
comme le pouls de la ville.
21. Triboluminescence
Je pense que ces pages sur la lumière comme celles que j’écrivis
il y a quelques années sur le ciel, toujours vu de la même fenêtre, inclura des
commentaires sur le projet et des citations sur la lumière et l’ombre.
Aujourd’hui je m’arrête sur la triboluminescence. En
premier lieu parce que ce mot superbe me ravit. En seconde lieu parce que j’ai
découvert grâce à mon amie Ysarda et son blogzine qui mêle tous les genres
avec un rare bonheur, un site entièrement consacré à la science.
22. Christian Zacharias
Il peut y avoir de la lumière, de la lumière comme liquide,
dans le jeu d’un pianiste. C’est l’évidence qui m’avait frappée la toute
première fois que j’ai entendu Christian Zacharias jouer des sonates de
Scarlatti. C’était en 1979 son premier disque, il était inconnu. En achetant ce
disque, j’avais eu la main heureuse puisque je découvrais en même temps mes
premières sonates de Scarlatti (il y en a 555 !) et un grand pianiste. Que
j’allais retrouver ensuite dans plusieurs magnifiques Matin des musiciens
sur France Musique (qui n’avait pas encore d’ « s »), dédiés
notamment aux sonates de Mozart que Zacharias devait jouer, tout aussi
magnifiquement, après les Scarlatti. Cherchant dans ma bibliothèque musicale,
je découvre que Gabriele d’Annunzio comparait la musique de Scarlatti à une
fontaine « on dirait des bulles précieuses de l’eau, ou bien les gouttes
de la beauté ruisselante : ce sont les sonates de Domenico
Scarlatti ». Enfin pour la petite histoire, je noterai comment je me suis
arrachée les cheveux pour retrouver les partitions de ces sonates, car
coexistent encore aujourd’hui deux systèmes de numérotation du catalogue,
l’ancien Longo et le plus récent Kirkpatrick. Entre le repérage dans les disques
de Zacharias d’une sonate que j’avais envie d’essayer de jouer et la découverte
de la partition ad hoc, il y eut souvent longue traque !
Ecouter
quelques extraits de sonates de Scarlatti par Christian Zacharias
23. Les orages
Je me souviens de... ma délectation lorsque j’ai découvert que je
n’étais pas la seule à avoir peur de l’orage. Qu’on en juge : "un
jour que l'orage tonnait, que les éclairs jetaient une brusque lumière sur les
vitres et les feuilles très petites de l'arbre [...] je m'enfuis dans la
panique [...] j'ai été à la merci des orages comme un bouchon de liège est le
poupard des vagues qui plissent l'eau ou qui la bouleversent. Enfant, l'été
[...] quand l'orage approchait et que toutes choses, les feuilles et les chats,
les touffes de carottes et même les guêpes s'immobilisaient dans son attente,
je me précipitais jusqu'à la treille du jardin de derrière pour arracher à la
vigne un grain de raisin minuscule ; pour peu qu'il n'éclatât pas dans ma
bouche tandis que je l'avalais, je pourrais dormir en paix ; aussitôt
l'angoisse desserrait un peu sa prise sur ma gorge. Je devais penser que le
dieu de foudre et de tonnerre était assujetti au grain. En avalant un grain
d'orage qui ne crevait pas, il y a toute apparence que j'estimais soustraire ma
vie à sa colère et ma tête à sa foudre (Pascal Quignard, Petits traités 1,
Folio, tome 1, Premier traité, traité sur Cordesse, p. 15).
©florence trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le 03 avril 2005 à 11h00 | Lien permanent | Commentaires (0)
Dans tous les inachèvements, je trouve des têtes (Henri
Michaux, in Emergences-Résurgences, Skira,1972 )
A propos de ce projet photographique du Flotoir, les cailloux-têtes, lire cette note du 12 février 2005
Rédigé par Florence Trocmé le 02 avril 2005 à 12h17 dans cailloux-têtes | Lien permanent | Commentaires (0)
Bien que je n’aie aucun goût pour les célébrations
médiatiques qui lèvent le voile brutalement sur une œuvre ou sur un écrivain
pour les rejeter ensuite dans les ténèbres extérieures des décennies durant, je
cède ici à la contagion Jules Verne. A partir d’un article et de deux
souvenirs.
L’article est signé Michel Butor, il est paru dans Le Monde du 18 mars 2005 et
l’écrivain y pointe le "brouillage de l’appréciation intellectuelle"
de Jules Verne dès la fin du XIXe siècle, brouillage dû sans doute à
son succès public et qui fit alors exclure Jules Verne du cercle des vrais
écrivains.
Ce qui me conduit tout naturellement à mon premier souvenir : cette rédaction
composée en quatrième ou en troisième et dans laquelle je citais Jules Verne.
Las, que n’avais-je écrit ! « Jules Verne ne fait pas partie des écrivains
» me notifia-t-on d'un rouge péremptoire en marge de ma copie...... Son nom
rentra alors dans ma plume scolaire mais resta dans ma tête. Et si d’aventure
j’avais eu envie de l’oublier, quelque chose m’en aurait empêchée. C’est mon
second "souvenir Jules Verne", tel que je l’ai rédigé il y a deux ou
trois ans pour le site zazieweb.fr. Le voici :
« Il est arrivé, une fois au moins, que mes deux grandes
passions, la lecture et la musique fusionnent en un alliage indestructible.
Ce souvenir remonte à ma douzième ou treizième année sans doute : je revois ma
toute petite chambre d'alors, que j'aimais tant, une sorte de refuge avec, ce
qui m'avait semblé un privilège extraordinaire, des niches dans le mur dans
lesquelles j'avais pu installer fièrement l'embryon de ma bibliothèque. La
chambre était meublée d'un petit bureau-secrétaire en bois naturel, sur lequel
je faisais mon travail de classe, d'un très grand lit d'au moins un mètre de
large et qui prenait presque toute la place ; à la tête de ce lit, un meuble
qu'on appelait une bonnetière, il faut entendre par là une petite armoire haute
d'environ deux mètres. J'y rangeai mes vêtements et j'y avais installé, faute
de place pour le mettre ailleurs, mon "pick-up", autrement dit mon
tourne-disques. Énorme avantage, la musique y prenait des résonances
extraordinaires, amplifiée qu'elle était par toute la caisse en bois de
l'armoire ! Résonances caverneuses, en somme, ce qui n'est pas sans intérêt
pour la suite de l'histoire. J'ajoute que je commençais à l'époque à recevoir
de ma grand-mère mes premiers disques de musique classique, ceux qui devaient
asseoir définitivement ma passion pour la musique en général et plus
singulièrement pour le piano.
Un jour, malade peut-être, je me suis trouvée dans mon lit lisant avec passion Le
Voyage au centre de la terre de Jules Verne, dans la collection
Bibliothèque Verte d'Hachette (celle du Clan des Sept, des Michel
ou encore des Alice). Dans la bonnetière, sur le pick-up, juste derrière
ma tête, un disque, Peer Gynt de Grieg, inlassablement répété au
point d'en être usé comme presque tous mes premiers disques. Je tournais les
pages du livre tandis que le bras du disque, celui-ci à peine terminé, le
remettait automatiquement au début. Les différentes pièces qui composent la musique
de Grieg, par exemple "La Danse d'Anitra" ,"Dans le hall du
roi des montagnes" ou encore "la mort d'Ase" s'alliaient
magiquement aux évocations de Jules Verne, cette descente dans les entrailles
de la terre. Musique et le texte fusionnaient en un tout inoubliable.
Désormais les gouffres de Jules et les cavernes d'Edvard allaient rester
indissolublement liés dans mon esprit. Je n'ai jamais relu le Voyage au
centre de la terre, mais souvent écouté et même ânonné la transcription
pour piano de Peer Gynt. Que je ne peux entendre sans repenser,
instantanément, à Jules Verne.
Jules Verne, Voyage au centre de la terre, est disponible notamment en
Folio Junior, chez Gallimard Jeunesse.
Les Suites symphoniques de Peer Gynt n°1 et 2 peuvent être écoutées dans
la très belle et déjà ancienne version du chef Sir John Barbirolli avec le
chœur Ambrosian et le Hallé Orchestra.
Le site du centre international Jules
Verne
©Florence Trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le 01 avril 2005 à 18h42 | Lien permanent | Commentaires (1)