Pluie matinale. Rideau de pluie. Chuintements, gargouillis
aqueux dans les caniveaux, musique mélancolique dans le café. Bruit de l’eau dans les bacs de
l’évier du bar. Un express allongé, un thé et toi, pleurs-pluies à
l’intérieur sans fin apparente comme l’averse dehors. Tous les bruits amortis,
mouillés. Et l’angoisse qui chuinte de partout, avec ses flux et ses ressacs,
comme la pluie, comme la mer. La nuée lourde se dissipe, se reforme, menace,
éclate, s’éloigne, se recompose, se décompose. grimaçante, houleuse,
inquiétante, anodine.
Les tonalités ? "Peux-tu m’expliquer les
tonalités ?" me demandait-il hier. Comme moi, amateur mélomane, fou de
musique, jamais formé véritablement musicalement, mais ayant eu le courage et
surtout le désir de reprendre le violon à la soixantaine, il y a vingt-cinq ans
de cela déjà !. "Quand je dis aux professeurs ou autres professsionnels de la musique on va travailler la 7ème
sonate, ils me répondent toujours, La septième ? Quelle tonalité ?" Pour lui ça n’a pas de sens. Il voudrait comprendre. Je suis incapable de lui
expliquer.
Simplement de lui dire que fa mineur me cloue sur place (le Quintette
de Franck).
La pluie de ce matin est-elle en fa mineur ?
©Florence Trocmé
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