Beromunster ! Hier soir entendu ce mot quelque part et soudain, flash-back éclair, les
radios d'antan, ces énormes meubles qui comprenaient la radio, le tourne-disque
avec quelquefois l'étrange dispositif qui permettait d'empiler plusieurs microsillons, deux gros haut parleurs, excellents au demeurant et l'indicateur de
réglage avec ses deux bandes lumineuses vertes qui devaient se rapprocher, se toucher, attestant que la réception du signal était parfaite. Les marques, Telefunken, Grundig, Schaub-Lorenz. Et tous ces noms étranges sur le cadran et
le gros bouton que l'on tournait et l'aiguille qui cherchait la radio suisse
normande, la süddeutsche West rundfunk et les concerts retransmis… les
premiers émerveillements musicaux, l'odeur même de l'appareil, son acajou pas joli
joli qui jurait un peu dans l'appartement familial… et cette autre magie, celle
des mots celle déjà des toponymes. Je donnerais cher pour revoir un de ces
cadrans couverts de tous ces noms qui me paraissaient tellement exotiques. On me souffle le nom de Sottens (commentaires bienvenus sur ce sujet !). Je pense qu'il devait s'agir des ondes moyennes, la modulation de fréquence était encore peu fréquentée ; je ne me souviens plus des noms des stations nationales mais je me souviens qu'elles terminaient leurs émissions à minuit tapante et toujours par la Marseillaise ! J'étais une petite fille et je découvrais la musique et la radio. Je ne m'en suis pas remise.
Sottens (Suisse) Brno (Tchécoslovaquie)... Mon père, l'oreille (gauche) rivée à cette drôle de toile cachant le haut-parleur, l'étrange oeil vert qui aidait à régler l'adéquation de la fréquence, le cadran (bande linéaire chez nous, avec les méga-herz signifiés en chiffres) les lampes bizarres, à filaments rouges, quand on passait un oeil derrière le poste. Et certains soirs, glissant d'une fréquence à l'autre, toutes ces langues savoureuses et mystérieuses se croisant, arrêt sur une musique merveilleuse retransmise en direct de la StadtKapelle de Leipsieg (Concerto pour piano de Schumann), écroulement sous les parasites, sifflements, miaulements, tappes sur le meuble et, rien n'y faisant, clic, Schumann rendu au silence...
JM.
Rédigé par : Jean-Marie. | 08 décembre 2005 à 21h54