Sombres, de sombres masses tournent dans le ciel intérieur, brutalement assombri. En irait-il du for intérieur comme du monde, avec ses saisons, ses climats, ses intempéries, ses grains et ses éclaircies ? Quelle ombre soudain s’étend sur le cœur et sur le corps ? Quelle ombre, quelles ombres, menaces, angoisses, culpabilité sans objet réel, absolue, venant danser leur sarabande à l’orée du dedans. Labyrinthe des vaisseaux sanguins comme couloirs se perdant à l’infini, labyrinthe des pensées-tubes fuyant on ne sait vers quelles contrées reculées. Réseau empeloté des nerfs, des tendons, des muscles, des idées, des désirs, des perceptions. Les idées sont de chair et la chair est d’esprit. Irrigation mutuelle, intoxication réciproque. Quand l’ombre descend, elle passe sur tout, du neurone à la cellule et assombrissant le neurone et la cellule, elle fait sourdre le malaise, l’inquiétude. Ombre venue de l’extérieur, menace, récit, ambiance, perte de lumière, ombres venues du dedans, filtrant d’on ne sait où, pensées sauvages anesthésiées s’éveillant lentement, impressions délétères tenues sous le boisseau, impossibles soudain à réprimer. Conjonction des ombres que même la force ou la beauté du livre ne peut apaiser. Se coucher entre les rails sous le train d’ombre. En éprouver le passage. Peut-être quelques voix perdues cherchent-elles à se faire entendre : tant de trains à jamais dans la nuit. Se coucher sur la voie sous le train d’ombres.
©florence trocmé
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