Les bruits, les bruits de passage. Le temps se tricote avec les bruits de passage. Un avion à hélice. Il creuse le temps. Il ne vole pas dans le ciel bleu du matin, il l’ouvre en arrière. Le rend béant, de son grondement sourd-lent change le régime de la mémoire. Autre temps autres bruits. Loin et lent. Profond dans le temps de l’enfance. Les étés de l’enfance. Le bruit de ces avions dans l’écoulement visqueux du temps qui ne passe pas. L’avion là-haut, le train derrière la haie, transport pour l’âme enfantine esseulée, interrogative. En proie au rêve-ennui, sous l’emprise de ses lectures. Prise dans les glaces d’un chagrin qui ne se connaît pas, d’un temps qui ne se sait pas temps, d’un désir qui ne se comprend pas, d’un appel qui ne s’explique pas. L’avion, dérisoire, lent et rapide dans le ciel. Approche, présence, éloignement, le Fort-Da, l’ici et là du présent absent, survenue et départ, attente et déception. Ne fait que passer. Passe et repasse, souvent. Jamais pour toi. N’est que de passage, jamais que de passage. Toujours porteur de départ. Le moteur dans la nuit, la chambre d’enfant, le faisceau des phares strié par les persiennes. Tout cela le passage. Venu mais reparti. Attendu, entendu, perdu. Alors l’adresse, la lettre, les mots, pauvres petits fantoches de papier, cohorte minuscule et dérisoire des tracés. Enveloppes, comme avions sans bruit. Cartographie de l’absence. Approche, passage, éloignement. Pour toujours