Fragile, si fragile, pas une flamme, pas un souffle, une
vague, une vague qui vient battre le sable puis une autre. Être comme le respir
à chaque instant se former, venue d’où gonfler s’ourler, verte marbre eau et
déferler selon la crête, cet arrondi ce gonflement cette suspension presqu’impossible
à capter, cette frange crêtée, écume, fine, effilée, ce qui court là, qui court
à la crête sur la plage déserte, ça fuse et file d’ouest en est, danse
immatérielle juste au-dessus du rouleau qui se forme s’enfle se défait déferle s’effondre,
venant heurter le sable avant l’effroyable succion. Tu as avancé, déferlé !
Et bien maintenant, recule, disparais, efface-toi. Tu es venue sur le devant de
la mer et bien maintenant regagne à jamais les fonds lointains. Aspirée, avalée,
encore étourdie du déferlement, reprise, recaptée par le grand cyclomoteur,
bue, aux eaux mêlées, noyée [tu penses une fois encore à Virginia, ta sœur]. Tu
t’émerveilles des couleurs multiples des cailloux, ne peux t’en emplir les
poches, comment te servir de la leçon du poucet dans l’eau jusqu’au cou, penses à la petite sirène et te laisses emporter par la
puissante avalée du reflux.
©florence trocmé, 2007
