Dans le tas de gravats de ton dire intérieur, fouille à mains nues et flaire, use de ton nez comme le chien. Ne crains pas les odeurs, marche à l’estime, coins obscurs, trous pleins d’eau, loin du beau sonde, lappe les relents et les croupissures. Efface du champ couche après couche inlassablement le bruit, le bruit de fond de ce monde de bruit, qui fabrique du bruit à la chaîne en lieu et place de paroles, ça jacte, ça éructe, ça aboie. But, éteindre le sensible, obnubiler le peu de conscience, démagnétiser l’être pour le boussoler plus sûrement (rentrez dans le rang). Ces canons tournent de toutes parts à jet continu, mots d’ordre [ô les si, trop, bien nommés !], les injonctions cachées. Efface couche après couche ces feuilles, ces lames, ces strates de bruits. Perfore-les pour descendre vers le silence, le peu de silence encore. En apnée, écoute le bruit qui meure, écrasé par la profondeur. Qu’il faudrait aux mots de profondeur pour faire taire ce bruit de masse, qui vient battre les tempes de la conscience en plein rêve, en pleine nuit. La machine à bruit s’emballe, plus que jamais, le bruit doit réduire, anéantir la parole. Le tohu-bohu, le brouhaha, l’entropie portés à leur comble voudraient défaire le petit peu forgé par les mots et quelques peu. La flamme vacille, elle pourrait s’éteindre, définitiviement. Etouffée par le bruit.
Écrire trois mots, minables, solitaires, invus, insus, cependant contre.