Lire, lire à perte de vue, lire, lire continuo, descendre en spirale, vis sans fin, dans les lignes des livres, « celui qui sans cesse ouvre des livres cherche quelque chose qu’on lui a caché* », ouvrir sans cesse des livres, Celan, Blaine, Joë Bousquet, Beurard-Valdoye, ouvrir les livres, pages de Blaine, jeux avec les lettres, la typo, la dispo, les mots à l’envers à l’endroit ; sur chaque fil d’écriture m’enroule, me glisse, me pends à chaque ligne, refais surface, repasse sous la ligne d’eau, gobe à pleine bouche plancton des livres, le rumine, le ressasse, le digère, en fais plâtras à écrire, piètre pâtée, indigeste, collante, liens pas à lier, liants trop, mal assortis, salade russe, méli-mélo mais les lis, les écoute, les entends, les écris, les brasse, leur tends bras cœur, les place sous mes ailes coupées, les nourris les dorlote les fais parler la nuit, Schwitters fuyant les nazis, Blaine découpant ses lettres, Joë dans sa chambre et Celan dans la neige, avec Walser peut-être et leurs triturations de langue à tous, les plus vraisneufs, qui se mâchouillent les mots pour les faire diverger / différer, exploser, cassent les phrases et les replâtrent et moi, prends phrases en stock et les démonte remonte à mon oreille à mon gré, écoute le staccato des mots cœurs battants comme oiseaux affolés et enfants effrayés. Et le cœur qui s’alentit hoquète en coups de chagrin, pommade avec mots, onguents sur blessures à toujours refermer. Les mots pansent, les mots pensent, je les lis trop, mal, pas assez.
26 octobre 2007, ©florence trocmé
* Pascal Quignard