Émaz, presque
"Glas de soi" (Peau,71)
L'expérience du presque, du presque vide, du presque rien, du presque fini, la
tentation de couturer le presque, l'interstice entre soi et rien, le tragique
presque dans lequel s'éprouve toute la conscience de ce malheur du rien, qui
n'est pas tout rien, qui est presque rien, le 0,000000→1 qui enjoint de
"faire front", de tenir, cet infime espace en avant du rien qui
impose de rester. Là. Toujours chez lui ces mots courts. Comme si l'énergie
manquait pour les mots longs, les mots compliqués, les mots trop savants ou
chargés, comme si l'énergie qu'il faudrait pour leur rendre vie, à ceux-là,
était faramineuse et inaccessible.
Bergounioux, paysage
D'un paysage de banlieue "pas de relief, d'axe directeur, de caractère,
d'attente, de pente, de sens, d'espérance" (Carnet de notes, II, 867).
Il y a là un magnifique outil de lecture non seulement d'un paysage, mais aussi
d'un livre, d'une œuvre et de bien des humains, de nous-mêmes sans doute. Pensant
à un livre précis, s'interroger pour savoir s'il a un relief, un axe, une
pente, si quelque chose dans ses pages suscite l'attente. Loin de la lassitude,
de l'effet de saturation, de redondance, de ressassement du même procurés par
tant et tant de livres lus.
Inducteur
Il y a quelque chose de latent qui parfois est révélé par l’écriture autruie,
d’autr’hui, c’est quoi l’hui ?
Réponse ! L'a. fr. hui, hoi « le jour où l'on est », attesté dep. ca
1100 (Roland ds GDF.), est empr. au latin hodie. Le renforcement de hui (ital. oggi,
esp. hoy) par le mot jour est particulier au français
Autr’hui serait l’autre de ce jour là, celui qui passe, qui vient, qui reste,
qui me parle, à qui je parle, pour de vrai ou mentalement, cosa mentale, parlure et parloir….