Le jamais pensé
Est-il ou non possible de penser quelque chose qui n’a pas déjà été pensé,
de faire quelque chose qui n’a pas déjà été fait. 99% de la production
artistique mondiale ne sont-ils pas nés de redites partielles ou totales et/ou
combinaisons de redites, souvent à l’insu de l’artiste ? (voir les
rapprochements très éclairants que faits Jerome Rothenberg, dans Les Techniciens du Sacré entre certaines
pratiques chamaniques et les happenings ou performances contemporaines - parmi
maints autres rapprochements). Et le vrai créateur, en effet rarissime (le
poète « intéressant » évoqué ces jours derniers est sans doute un
expert en recyclage et recombinaisons) est celui qui pense quelque chose de pas
encore pensé, invente quelque chose de pas encore trouvé (invention synonyme de
mise au jour, découverte…), fait (= écrit, peint, construit, danse, compose)
quelque chose qui n’a pas encore été fait, jamais, le pas encore fait pouvant
représenter une petite part de l’œuvre ou une plus grande. Et Celan, arrivant
après l’impensable, a sans doute été contraint, peut-être à son corps défendant
et au prix de sa vie, de faire quelque chose qui n’avait jamais été fait, et
pour cause.
Pensées déjà présentes mais réactivées par la lecture des Techniciens du Sacré.
Jeu sur les mots
composés
Une drôle de méthode d’Emmett Williams, signalée par JR (Techniciens du Sacré, p. 546) :
séparer un mot composé et faire de la seconde moitié un verbe. Il donne comme
exemple : nouvelle méthode pour penser l’arrière (il en a pondu 5000 comme
ça et il suffit de s’essayer au jeu pour comprendre que ce n’est pas si simple !)
Du flotoir en ligne
Au fond ce flotoir mis en ligne ne sera sans doute pas l’exact reflet
des Carnets au jour le jour, car je souhaite rapprocher des notes de la veille
ou du jour certains fragments anciens, pris dans l’immense masse du flotoir tenu
depuis 2000. Toujours dans l’esprit de l’entreprise qui m’a tant frappée il y a
de très nombreuses années : celle de Claude Mauriac (trop oublié à mon
sens) de rapprocher certains fragments de ses journaux très éloignés dans le
temps. Il appelait ça le Temps immobile
et s’étonnait, toujours et encore, de la constance de certains thèmes, de
certaines approches.
John Cage
Dans le Roaratorio, que j’ai
commencé à écouter, pas moins de 62 pistes sonores superposées (si j’ai bien
compris) : sensation de vertige, envie d’entrer dans l’épaisseur immense
du son, là, dans cette œuvre et partant de là (oh, vertu de l’art, sans cesse
se le dire et le répéter, ouvrir des mondes, ouvrir des possibles, agrandir
l’expérience de la réalité), dans l’épaisseur du sonore autour de soi, même le
sonore banal, mais le sonore qui agresse (« si un bruit t’ennuie, dis
Cage, écoute-le »).
Je note aussi ces résurgences d’intérêt qu’une lecture suivie du flotoir
révèlerait sans doute, que la liste des livres lus (à reprendre absolument,
même si ne figurent que les titres, je l’ai abandonnée depuis l’ouverture du
flotoir et je lis maints livres que je ne note plus nulle part…le désir d’y
revenir me vient de Bergounioux cette fois), résurgences d’intérêt donc, ici
Cage, sa musique, sa personne (ce film vu, enregistré, où est-il…. ces images,
cette tête magnifique de Cage, cette tête à la fois d’un enfant et d’un
sachant-savant sans aucune prétention à savoir….(cette note, du 13 février
2008).