« La
mort ne parle pas virtuellement1 »
Soudain, ce mail qui revient (Mail
Delivery System) ; comme toujours je regarde l’adresse et je lis Josée Lapeyrère. Je reçois ça en pleine figure puis me dis que le
compte a dû être fermé. Je n’avais pas réalisé que je continuais à [lui]
envoyer l’anthologie permanente. Je supprime cette adresse de mon carnet. Je
connaissais encore peu Josée mais je trouve ce geste difficile. Alors même que
je viens de publier dans l’anthologie permanente un extrait de Quelque chose noir, de Jacques Roubaud. Alors, au lieu de supprimer le
message du Mail Delivery System comme tous ceux du même type, je l’ai marqué,
en rouge ("important") et rangé dans la boîte du courrier que je
garde. Une petite stèle dans l’espace virtuel où beaucoup de rencontres
importantes commencent, où avait commencé à s’épanouir celle avec Josée.
1Jacques Roubaud
Les
images
Images qui, pans par pans (bruit de fusil, de canon) se construisent en nous du
demain prévisible, falaises et dunes effondrées, lits à sec, paysages noyés, côtes
effacées, poumons époumonés, eaux trop, eau plus, pluies acides, soleil de plomb & foules, foules, foules fourmillant
autour des restes.
De
Vera Feyder
Longue traîne de ce nom en mémoire – le "transistor" sous les draps –
l’oreille collée au petit haut-parleur [pas d’écouteurs - pas de casque alors ]
– les mots dans la nuit bruitages voix bruits de pas et pas des mots –
résonances & échos – voix graves & voix hautes – mystère de ces mots –
venus d’où allant où – dans la nuit à l’oreille sous la tente du drap – en
cachette des adultes – censée dormir incapable de dormir – à l’écoute des voix
déjà – comme aujourd’hui à l’écoute des voix – et Vera Feyder Loleh Bellon Alain
Cuny et les autres – voix visages formés de voix sans visages - grain de la voix
intonations – écoute éperdue d’une voix qui parle vraiment – d’une voix vraie –
la nuit les voix.
Lu ce soir un livre de Vera Feyder car celle qui prêtait sa voix aux pièces
radiophoniques de mon adolescence est aussi auteur de théâtre, romancière et
poète. Un beau livre, Dernière carte du
tendre, une lettre de rupture et surtout le portrait d’un homme invalide de
l’amour.
Le jardin ouvrier
J’ignorais l’existence de la revue de
ce nom, celle d’Ivar Ch’Vavar. Je la découvre aujourd’hui après avoir reçu le
matin un gros paquet de Flammarion. Au palpé, j’ai espéré la suite d’Été de Bernard Chambaz, un de mes
livres-phares. C’était bien le même format mais gris (Été est jaune) avec de curieux dessins d’Annette Messager (une
boucle de plus). Et je découvre le monde passionnant de cette revue dans cette
magistrale anthologie assemblée par Ivar Ch’Vavar à partir de 39 numéros (dont
nombre avec supplément) que fit paraître Le
Jardin Ouvrier de 1995 à 2003, je découvre l’existence du vers justifié
(nombre de signes rigoureusement égal), du vers arithmonyme (composé d’un
nombre fixe de mots, par exemple Hölderlin au Mirador, construit tout en vers
de 11 mots, par Ch’Vavar). Je découvre qu’écrivirent en ce JO Tarkos, Manon, Suel, Quitane, Pennequin, Nève et bien Ch’Vavar
sous ses multiples hétéronymes loufoques (pour le nombre, il fait concurrence à
Pessoa, Mr personne). Un très curieux texte de Sylvie Nève à partir du Petit
Poucet, des sonnets tautologiques de Laurent Albarracin.
Bref une inventivité, une fécondité extraordinaires qui titille l’esprit et
fait plonger dans ce gros livre de 400 pages la tête la première comme dans un
roman à suspens ! Avec gourmandise….
Le
respir
Le respir, coups de rame qui ouvre le lac noir du temps, en avant. Et les mots chanson
d’enfant dans le noir pour endiguer l’eau de la peur