Suite à fuite
Il y
aurait fuite en avant, épuisante mais nécessaire et fuite en profondeur. Fuite
verticale basse et fuite horizontale. Connaître toujours plus (même si ce n’est
jamais que rien ou quasi rien) ou connaître un peu mieux. Lire toujours plus de
livres nouveaux, ou lire encore et encore quelques livres. Les deux, mon
général !
Prise
Il y
aurait prise, avec plus ou moins
d’acuité. Je regarde cette
photo de William Klein, choisie par Denis Roche dans le Boîtier de mélancolie. Elle me saute aux yeux. Très étrangement elle
appelle ma main qui vient se promener sur le papier glacé, je trace les lignes
(de fuite), celles des quatre regards, le vide central, le jeu des diagonales.
J’analyse, dépiaute, précise mais j’ai la quasi certitude que j’ai tout perçu (de
ce que j’ai perçu, car l’expérience me démontre qu’il y a des choses –
souvent évidentes – que je ne vois pas), que j’ai tout perçu d’emblée, que
c’est dans l’emblée que ça a sauté à
mes yeux.
Il en va de même pour un texte. Je crois plus à la première prise de vue, de
lu, qu’au décorticage analytique qui n’est pas ma manière. Je viens de lire
dans Kminchmint, la nouvelle revue de
Ivar Ch’Vavar (dont j’apprends malheureusement qu’elle ne continuera pas à
paraître sur papier, dont j’espère qu’elle va survivre sur le net, il faudra
s’habituer à lire toujours plus de choses en toile !) une étude (et non
pas une analyse) sur « Larme » de Rimbaud. J’ai lu très vite le poème
et je m’aperçois lisant Ch’Vavar en déplier les complexités que de ce qu’il
dit, j’ai presque tout perçu, lu, vu,
su ; nu. Il l’habille de ses mots qui font sonner mes impressions.
L’entrée dans le texte
Étrangeté de l’entrée dans le texte, dans la musique, dans le tableau, la
photo.
Parfois illico.
Parfois à retardement, lentement.
Sans attrait, sans entrain originels.
La toute petite pesée de l’insistance.
Frayer un désir.
Et soudain, ça mord, c’est parti.
Prise, dans le sillage
à barboter dans le clapot.
Parfois, pas de prise
ni surprise, ni éprise
surface glacée, factice
insensible au toc toc de la lecture
[claquer presto la porte
sans vergogne].
Quelque chose de matériel
dans le premier regard porté
une sensation, d’emblée :
non, nul, non advenu ;
tiens, si ?, désir
ou
oui, évidence, adhérence, silence.