Du flotoir
Je suis aux prises avec plusieurs difficultés concernant le flotoir. La première, la plus plombante
sans doute : à quoi ça sert, tout ça, pourquoi cet aiguillon permanent du écrire, il faut écrire ? Pour qui, pour
quoi ? Comme Borges le dit : « pour
moi, pour quelques amis et pour adoucir le cours du temps » ? Et quid
de la mise en ligne de la chose et a fortiori de la contrainte qui voudrait que
fut mis en ligne quelque chose chaque jour, au risque de tourner en rond ou de
fabriquer de l’inutile à perte de vue. Mais dans le même temps, si la
contrainte était une passe à poissons ?
Un commencement de réponse vient sans doute de la distinction à réintroduire
entre le flotoir on et le flotoir off. Ce dernier, ouvert sur le
bureau, présent sur soi, via le carnet, et libre, vraiment libre, d’accueillir
le tout (petit peu) et le rien (du tout), notes, croquis (écrits et dessinés), Fantasiestücke, lieux communs et
pitreries, collectes en tous genres, et ainsi de suite..... Que le personnel n’apparaisse
que comme traces à peine. Mais ne pas l’exclure, car c’est fausser le jeu.
Exercice difficile.
Des canyons aux
étoiles ?
Film d’Olivier Mille sur Messiaen. De belles images, oui, ce qu’on
appelle de belles images et la convention, partout, dans les propos de Messiaen
en particulier, ces quelques poncifs servis et resservis sur le fait qu’il voit
des couleurs quand il entend des sons, sur les chants d’oiseaux (et la
démonstration est tellement lourde qu’on finit par se demander si l’abus du
chant d’oiseau n’a pas gravement nui à la musique de Messiaen !), l’orgue,
le tout appuyé par des images d’oiseaux (et on rit beaucoup moins qu’en lisant
Jacques Demarcq dont l’obsession aviaire m’a paru autrement excitante), et des
canyons, oui, très beaux, évidemment mais c’est tellement banal il me semble. Bref
beaucoup d’esbroufe pour cacher une certaine indigence de propos, de montage, d’imagination
cinématographique. C’est lisse, c’est programmé, ce serait presque soviétique,
c’est ennuyeux, c’est triste. Un peu de musique par moments car il faut bien
dire qu’il y a chez Messiaen des moments magiques, des nappes sonores somptueuses,
mouvantes, avec des harmonies in-entendues, un usage passionnant des
instruments. Bref, écouter Messiaen, essayer de se procurer des DVD d’enregistrements
de concert et peut-être du St François, dans la mise en scène de Sellars, dont
de fort beaux extraits sont inclus dans ce DVD tout à fait oubliable !
Tirant d’eau
rame dans l’eau cadence parfaite
résolution de la tension, la flèche
de la proue ouvre l’eau sans blessure
tirant d’eau empreinte liquide
entaille profonde dédrapée
il y eut un sillage, il y a mémoire
Expecto
tremblement de terre chinois, typhon birman, tornades
américaines [et expecto
ressurectionem mortuorum, dixit-cantat-scribit Messiaen, et je ni expecto-ni scribo-ni canto ressurectionem sed vitam et expecto mortem].