crocs, crocs acérés
boue verte et noire, bile jaune, obscures
remontées des temps, c’est un ressac
au cœur du corps, gonflement des
chairs en charpie, sur la rive
succion obscène du reflux, clapot
insane où s’écœure le fade
eau à boire tiède et sale
la seule qui reste
les pluies ont tout emporté
les vents ont tout détruit
de faim, de peur, ils ont tous fui
comme antilopes dans la savane
coursées par les lions
crocs, crocs acérés
prédateurs en quête de proies douces
tendres, faciles à croquer vives
à plumer, à vider, à éboyauter
dont se repaître, panses et poches pleines
hoquets puants, hyènes se léchant
l’anus, ombilic de l’ignoble.
Hachoir
Le monde est une machine à hacher broyer moudre réduire en cendres
poussières copeaux le monde hache menu les consciences fait un hachis de
cervelle (et si le hamburger était le symbole suprême de cette civilisation et
s’il fallait écrire un poème du hamburger comme essence de notre monde viande
hachée d’origine douteuse engraissée de force standardisée calibrée aseptisée
formatée débitée en tranches millimétrées) le monde est une machine à broyer
les esprits et les corps qu’il fait voler en éclats au fil de ses bombes de ses
roquettes de ses explosifs de ses poudres et de ses liquides de ses bonbonnes
de gaz et de ses tankers surchargés de boue noire le monde est une machine à
débiter les forêts les bois les bosquets les haies en copeaux planches rondins
sciure contreplaqué lamellé-collé bûches broyats le monde est une machine à
hacher menu menu le temps le travail le plaisir le désir le bonheur.
(20 Aout 2006)