Cette figure en abyme
Cette figure en abyme désabymée
cette face derrière toute face
au fond de la face cette face
même-autre – orbes
des yeux, orifices coordonnés
face tienne, mienne, leur, même
et autre, coïncidence et divergence
tunnel d’orbites
en mille feuilles placées
voiles chair et os superposés
tête alluvionnaire, unique dépôt
faces abouchées
accolées en patience
ajustées, ajointées, faces
effacées, a-facées, étirées
Sous ma chair, ta chair, leur chair
mes orbites, tes orbites, leurs orbites
faces à l’infini, répétition obstinée
vis sans fin
j’entre dans le tunnel des bouches
pavillon des antérieurs.
Cailloux-têtes
Je repense aux cailloux-têtes et en particulier au petit bleu dans le chemin du
jardin, en Bretagne : « l’expérience du regard porté sur un objet et
en quelque sorte retourné par lui sur le regardant, voilà en quoi consiste ce
que Benjmain appelle "l’aura d’une chose". Cette expérience ne va
donc pas sans un anthropomorphisme essentiel. » (G. Didi-Huberman, op.
cité, p. 85)
La petite tête bleue ne serait qu’une des srates de la figure stratique, les
faces posées par strates comme demi-coquilles Saint Jacques.
Le jardin
L’hortensia du tableau
la marguerite de la gravure
les petites filles sages au bord
le temps à la petite cuiller
nympheas poissons rouges
chants d’oiseaux
ne pas nommer les passants
ne pas référer, être chat
roux à l’ombre blanc en lumière
couleurs fanaux dans le vert
paroles ruisseaux
l’angle de vue
la construction de l’image
La construction d’une
image
En exergue à cette réflexion, référence à l’inscape de Paul Louis Rossi : « la quête de Paul Louis
Rossi c’est la métamorphose du réel, géographique, historique, botanique, etc.,
en paysage intérieur [...] "vous le
savez, ce ne sont pas les mots qui comptent, ni les souvenirs, mais une sorte
de tremblement qui nous renvoie quelques signes". Ce tremblement Rossi
le nomme ailleurs inscape, selon la
terminologie reprise à Gérard Manley Hopkins, paysage intime » (Odile
Hunoult, "L’anse de Goulven", note critique sur Les Ardoises du Ciel, de Paul Louis Rossi, Quinzaine Littéraire, n°
970, du 1er au 15 juin 2008, p. 13
Inscape d’un jardin :
Il y avait
une image imaginée, construite sur des paroles recueillies et traduites par frottement
à des souvenirs propres
Il y eut
l’image réelle, surprenante, flash d’impressions simultanées
Il y a
l’image refondée, nourrie, déformée, installée dans le for intérieur
Il y aura
l’image reprise, réinterprétée, reformée par la mémoire, condensat instable de
la réalité perçue, d’émotions, de sensations, de sentiments.
De ces êtres avec qui le dialogue va, intense, profond et dont nous ne
connaissons pas la demeure, le cadre où s’inscrivent leurs jours et leurs mots.
Cadre construit, imaginé dont les faces seraient un petit pan de souvenirs
personnels (lieux d’enfance, lieux traversés, lieux lus, lieux peints, lieux
filmés, lieux photographiés, lieux entr’aperçus) et un pan imaginaire venant s’adosser
aux descriptions, aux évocations d’une inscription dans un temps et dans un
lieu.