Dans la maison vide
Dans la maison vide un corps
quelle posture quelle raison quel
silence
atomes poussières sa chair
à venir
seul au centre
part de lui part de lumière
particules encore assemblées
un laps
avant le grand rebrassage
le jour tombe et blesse
Jérémy Liron
Joies du Net, je lis François Bon et son excellent tierslivre où il revient ce matin sur son expérience de création d’une
maison d’édition entièrement numérique. Il signale le travail d’un
peintre-écrivain, Jérémy Liron, dont il donne à lire un large extrait. Je
trouve ce texte prenant, un ton, une écriture, un arrière pays, un regard (ce
sera d’ailleurs mon premier téléchargement payant sur publie.net)
A la volée :
« Je ne sais plus qui disait qu'une théorie à pour but ou du moins pour
effet de donner à voir une réalité qui n'existe pas complètement tant qu'elle
n'est pas connue et reconnue. Dans le marais primordial où on avance la
conception ne précède pas l'œuvre, elle est l'œuvre se réalisant. »
« La ville en repos comme on dit du sable qui au fond de l'eau après qu'on
l'ait dissipé retombe sur ses reliefs ».
« La vie a de ces intensités soudaines. Fugaces. L'action dissipe les
décors, tout n'est plus que flux. »
« Levé 8h00. La chambre claire doucement baignée est un Morandi. Choses
bien distinctes, toutes à plus ou moins grande distance, et tranquilles, dans
le clair espace : comme on en aura vu dans la peinture toscane (…). (Jaccottet)
Sois même encore mal décroché du bloc. Les esclaves de Michel-Ange. »
« Moi qui marche sans but précis, seul et silencieux. Le terrain qui
développe une étendue désertée sans plus de but non plus, sans plus d'usage,
sans plus de bruits. Un aspect très mélancolique qui inviterait tôt l'angoisse
si le ciel ne couvrait de bleu. (Je pense à Tarkovski, Le sacrifice) Les
terrains de tennis à coté, clôture éventrée délimitant des tracés à peu près
effacés. Des parcs à rien. Idée de la mémoire. Traces d'un effacement.
Préfabriquées sur cales de bois qu'on imagine encombrés de tables, de chaises
cassées et d'autres équipements entassés dans la poussière. Tout est comme
traces prises dans le temps. Des zones où vous vous rendez lorsque vous voulez
sortir, partir, quitter, sans pour autant aller nulle part ni faire quoi que ce
soit. Le voyage, la boucle qui nous ramènera au même point de départ et aux
confins de laquelle il ne s'agissait que de se retrouver soi ou de s'apercevoir
furtivement. »
« Dans cette solitude la pensée saute de sa propre considération ou d'un
état d'examen de sa propre activité à de vagues objets qu'elle abandonne sitôt
envisagés. Comme dans la nuit une lumière clignotante semble s'aspirer
constamment par son centre en un halo décroissant inlassablement répété. »
« Dans la lumière, les pollens sont des lucioles cotonneuses absolument
inconséquentes sans direction apparente. »
« Je travaille au grand papier commencé hier soir que j'envisage pour
l'exposition prévue au printemps à la galerie. Grand balnéaire. Il y a toujours
un peu de magie à constater des lignes que l'on trace sur le blanc une
impression de volume et puis une atmosphère. Lent blow up. »
→ où je me rends compte que ce qui me retient dans ces textes, c’est l’aspect
arpenteur, marcheur mélancolique qui use sa mélancolie en marchant mais en même
temps investit un monde, même dépouillé de tout attrait apparent. Il y a une
lecture du paysage, qui est sans doute celle d’un peintre. Mais sous-tendue par
une forte expérience littéraire. j’aime aussi l’association permanente des
lectures et des réminiscences à ce qui est vécu, à chaque instant. Cette façon
qu’ a l’arrière-monde d’éclairer, d’habiter, d’informer le moment vécu, de le
rendre acceptable aussi sans doute.