Sur toute crête
sur toute crête, Walter Benjamin, à Port-Bou
de tout pont, Celan, Luca
dans toute pierre, visage, paysage
en toute fleur, étonnement
dans toute fugue, Bach
en tout chiffre, Roubaud
Ariane Dreyfus/Stéphane Bouquet
Dans le dernier numéro de la revue Décharge,
un bel article d’Ariane Dreyfus sur Stéphane Bouquet, étude suivie d’un choix
anthologique. Une poésie dont elle dit qu’elle fait « le compte inlassable
des contacts avec la vie vivante »
A la volée :
« j’aime cette écriture car elle fait vivre ma salive dans ma
bouche »
« refusant de choisir entre le raffinement poétique et le côté brut du
langage de tous les jours »
Cette très belle remarque : [...]Deleuze précisant ce que serait la
puissance d’aimer, qui serait faire l’expérience de soi et des autres comme
événement : "quand ils entrent dans une pièce, ce ne sont pas des
personnes, des caractères ou des sujets, c’est une variation atmosphérique, un
changement de teinte, une molécule imperceptible, une population discrète, un
brouillard ou une nuée de gouttes" (tiré de Dialogues de Deleuze et Parnet)
« Porosité et démultiplication sont ses maîtres-mots : un
corps-carrefour ouvert à tous, un langage à plusieurs niveaux et jamais
prévisible (littéraire autant que scientifique, trivial autant que cultivé, qui
utilise indifféremment tropes et abréviations, expressions qui traînent partout
et néologismes délicats »
et cette citation de Barthes, du Plaisir
du texte : « S’il faut que par une dialectique retorse il y ait
dans le Texte, destructeur de tout sujet, un sujet à aimer, ce sujet est
dispersé, un peu comme les cendres que l’on jette au vent après la mort [...]
dont la distinction et la mobilité pourraient voyager hors de tout destin et
venir toucher, à la façon des atomes épicurien, quelque corps futur, promis à
la même dispersion »
in Décharge, n°138, pp. 47 et svt.
De Rodin & Anne Kawala
G. Didi-Huberman, à propos des moulages effectués par Rodin puis
réassemblés (les « abattis ») : « réunir l’hétérogène,
fut-il pris "sur le vif", dans l’organisme absolument nouveau du
complexe formel inventé par l’artiste. » (p.161)
A rapprocher de : « L’ambition est ici de fabriquer à partir de
l’hétérogène. Et de fabriquer quoi ? sinon de la cohérence justement. Cette
pratique use de techniques connues de l’art contemporain, la contrainte, le
prélèvement, la kyrielle, une narration aux points de vue flottants, l’ironie,
le jeu de mots, l’enchaînement de parties documentaires, la passion des noms
propres, remparts aux lieux-communs. » (Extrait de la préface de
Patrick Beurard-Valdoye au livre d’Anne Kawala, F.aire L.a F.eui||e (f.l.f.)).