Et nul À l’écoute
Le chant du vent
seul le soir dans les arbres, seul dans les arbres et nul à l’écoute – le vent
seul enroulé déroulé, plainte longue planant à la surface désolée du monde –
ronde folle des fourmis, agitations, colportages, plantations, accumulations,
destructions – la longue traîne du vent, son chant, solitaire, sculptant l’absence,
le vide, particules arrachées une à une au silence – fouilles du chant dans
l’eau noire de la nuit – pas un reflet, pas un éclat, l’opacité, la fermeture,
la montée sans cesse ni relâche du noir, des forces obscures – et dérisoire,
solitaire, apeuré, le chant, à peine, un murmure, ténu, tenu, une question sans
fin sur la corde, tendue d’espoir, déchirée de désespoir – tentative vaine,
veines à vif de la nuit, battant au creux de la main, cordes frappées,
embrouillaminis, confusions, altercations, combat du seul au tout, couperet –
tranché net le fil du chant, étouffé, main sur la bouche à jamais hurlant sur
le pont, béante, muette – suspendue, une boîte à musique, crin crissant d’un
cri – voix, solitaire, infime, trouée de silence.