Irisation de l’obscur
Le goutte à goutte, irisation de l’obscur, fugitive – ver
luisant, puis un autre, s’allument comme étoiles, meurent comme elles –
avancées à tâtons, voix exploratrice, un pas après l’autre, mots tentés comme
coups de sonde – peur du noir, peur du vide, peur du choc – la résonance –
lancer un mot dans le noir, écouter s’il revient, quelqu’un ? un ? qu’un ? seul ? – longue chaîne des échos,
paroles des parois, leurre dans la solitude – seul, échoïsé, le son revient,
non neuf, non autre, non différent, c’est le même, c’est le miroir.
Et pourtant, là, ce qui s’avance ! Cette procession lente montant du
passé, cette cohorte d’ombres, cette approche, cette menace, ce désir éperdu,
l’autre, les autres, revenus, revenants, disparaissant, gonflement éphémère de
la surface du temps, cloque sur le cloaque de l’englouti à jamais – dansent
encore quelques particules électrisées, ionisation de vapeurs, explosions de
boues saumâtres – retour au silence, à la solitude, insondables.