Attracteurs
étranges
« Que produit au juste la science ? De la nouveauté ontologique. Des
textes, certes, mais plus décisivement des êtres inédits, de nouvelles entités
qui désormais font partie de notre univers commun : les vaccins, les
microbes, les gènes, les quarks – des hybrides complexes qui résultent de
décisions à la fois scientifique, politiques, technologiques et qui deviennent
des enjeux collectifs. Eduardo Kac est le poète par excellence de ces
quasi-objets mixtes et impurs produits par les sciences. A partir de l’héritage
du post-concrétisme brésilien, son travail consiste à s’emparer de ces nouveaux
êtres et à tester leur possibilités de constituer des médias pour des
stratégies compositionnelles langagières ». (Olivier Quintyn, CCP, n° 16, p. 170)
Note glose : double aspect
intéressant dans cette note de lecture d’Olivier Quintyn. Elle met l’accent sur
ces entités qui pénètrent petit à petit, lentement souvent par défaut
d’information, l’imaginaire. Avec la plupart du temps des déformations, dues à
l’appropriation de ces nouveaux objets par le cinéma, la science-fiction, plus
pollueurs d’imaginaire qu’autre chose. Ces « attracteurs étranges »
(pour détourner un terme de la théorie du chaos), sont à penser, sont à
implanter dans le for intérieur, sont partie du monde d’aujourd’hui.
Particulièrement en ce qui concerne les données très paradoxales de la physique
nucléaire. Particulièrement dans la pensée, en compagnie de Pascal, de
l’infiniment grand et de l’infiniment petit.
Par ailleurs, il faut constater et déplorer l’absence de ces nouvelles données
qui sont souvent nouvelles catégories pour la pensée (penser l’aléatoire, penser
le chaos par exemple) chez la plupart des poètes contemporains (alors même que
les musiciens contemporains semblent les intégrer plus volontiers dans leurs stratégies compositionnelles). Ici c’est
un aspect particulièrement remarquable qui est évoqué, puisqu’il s’agit non pas
seulement de faire entrer ces nouveaux objets dans la poésie, mais aussi de les
prendre pour modèles syntaxiques. Pour hybrider, complexifier la langue.