H.M. / C.A
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damier sur damier, déambulent sur
diagonales vieux dragons et vieilles dentelles, dentition rumination – passe
passe le furet de la mort, bonbons, esquimaux et caramels – eau sucrée ou
perfusion – le noir, le blanc, le trajet, la trajectoire – sans son le monde
muet, aphone, fantômes, cheminements ascensionnels, descensionnels, un bleuté de
jour pourri attaque la face, l’envahit, lenteurs d’englouti – l’affairé, mouche
en ambre – coulissent pans des heures, mouvements de flux, marées éclairs et l’œil était dans l’ascenseur – hublots,
portes, fenêtres, longs glissements par pans et plans, la vie sans mode d’emploi,
sans emploi, perdue en elle-même, vis sans fin, un reflet au loin,
indéchiffrable.
Hôtel Monterey, Chantal Akerman
C’est un film mais c’est une photo,
ce qui oblige à halluciner les corps manquants – dans la salle de bains, dans
la baignoire, sur une chaise. Quelques êtres figés, Vermeer fugitivement (mais
trop doux sans doute, Vermeer pour le temps suspendu peut-être), lignes de
fuite et le silence, l’immense silence d’après le désastre, poussière retombée,
quand tout s’est arrêté à jamais. Couloirs de nuit et les présences muettes,
les présences absentes, les absences présentes, partout, devinées, tues, sous
la surface de la pellicule.
Donne à penser à la perception avec enregistrement simultané, non conscients
mais sans doute inscrits indélébilement dans le for intérieur, de ces formes, lumières,
sons, odeurs présents dans certaines situations de la vie antérieure et
singulièrement celles qui marquent ?
Étrange partition intérieure, que raniment parfois un parfum, une mélodie, un
cadrage, un éclairage.
École du regard par le dépouillement du cadre, le cadrage très géométrique, fixe.
Par exemple, une chambre, un personnage assis tellement fixe qu’on se demande
si on est devant une photo, puis cligne l’œil, minuscule changement de lumière,
grain de la pellicule qui donne un très léger sentiment de bougé. Rendent
palpables le mouvement de la lumière et celui du temps. Il passe !
H.M/C.A. 2
Pans coupés, sens interdits !
sang à la rebrousse, sentiers dévalés, cœur à l’arrêt – contemplation des
ruines, de l’immobile, temps figé, envitré – ce n’est : mort, c’est :
sans vie – visages sans âge, cours immobiles, cils à peine, battement de loin
en loin – couloirs à perte de vue, lignes et rectilignes filent leur train,
travail de rails, font des barres parallèles – la visée du rien, le but sans
fin, perspective sans résolution, radotage, ressassement, fin dépassée comme
coma, no turn no return, hoquet à
perpétuité et aucune accommodation possible.