A propos du livre de Michel Schneider, Musiques de nuit, un livre où d'emblée je retrouve le ton propre à
Michel Schneider, ton tragique toujours, au confluent de son amour et de son
métier, la musique et la psychanalyse, qu'il tisse dans une approche très
personnelle et émouvante, même si parfois il se laisse aller à un peu de
pathos, et sème quelques lieux communs. Mais le sujet est si difficile qu'on
peut bien lui pardonner !
Somptueux exergue de Nietzsche :
« L'oreille, organe de la peur, n'a pu se développer aussi amplement
qu'elle l'a fait que dans la nuit ou la pénombre des forêts et des cavernes
obscures, selon le mode de vie de l'âge de la peur, c'est-à-dire du plus long
de tous les âges humaines qu'il y ait jamais eu : à la lumière, l'oreille est
moins nécessaire. D'où le caractère de la musique, art de la nuit et de la
pénombre ».
Je relève :
« Une musique commence et le temps semble s'ouvrir, sans qu'on sache si
c'est du dehors qu'elle vient, du plus loin de soi-même, ou du dedans, parlant
de ce que nous avons de plus intime. Comme si la musique était la voix de
l'inconscient. Cette chose très étrange et très familière, proche et étrangère
peut se résumer d'une phrase : [...] la musique est une sorte de langue
étrangère que je ne parle pas mais qui me parle. Elle sait de moi ce que
j'ignore. »
Je note aussi :
« Parler de la musique est difficile. Écrire sur elle,
dangereux et peut-être inutile. Non parce qu'elle relèverait de
l'incommunicable, de l'ineffable, du sentiment, du flou, de l'âme et du vague à
l'âme ou que les mots détruiraient cet ensemble de mouvements affectifs en
l'exprimant. Au contraire, elle est une pensée, plus exacte que la pensée
verbale et ce sont les mots qui jettent le vague dans cette logique beaucoup
plus serrée que celle de la langue. La musique est une pensée qui ne ment pas,
qui ne se trompe pas[...] Elle est une pensée sans mots, la plus forte, la plus
directe ».
Michel Schneider, Musiques de Nuit, Editions Odile Jacob, 2001, p. 10 et 12
(Flotoir, Avril 2001)