Ciel
brume, grisaille peu engageante et porteuse, un peu plus de 10°
Journaux
○ Il semblerait que la journaliste Edith Bouvier ait pu être évacuée vers le Liban, mais la situation à Homs est plus que catastrophique, ignoble, inadmissible, insupportable. Et source évidente pour le cynisme des jeunes esprits en formation.
Lectures
toujours Le Dépaysement. Et aussi un bel article de Pierre Deshusses dans Le Monde des livres sur le livre Nuit d'Edgar Hilsenrath, livre sur la vie dans le ghetto de Mogilev-Podolsk, aujourd’hui en Ukraine, qui semble avoir été très controversé depuis sa première parution, difficile, en Allemagne. Dans ce même Monde des livres (vendredi 2 mars 2012), un autre article intéressant sur un livre autobiographique, La Confession d’un bâtard du siècle, que vient de faire paraître Ludovic Janvier. Curieux comme il ressurgit tout à coup dans le champ : je l’ai choisi pour l’anthologie de cette semaine, ne sachant absolument pas qu’il avait une actualité éditoriale (à moins d’avoir croisé l’information et de l’avoir perçue de façon subliminale ?).
Nouage
Ce beau mot de nouage, chez Jean Christophe Bailly (57), nouage entre des temporalités différentes, notion qui renvoie bien sûr autant à Benjamin qu’à Didi-Huberman dans son sillage, mais qui est infiniment féconde. Que beaucoup l’explorent sur le terrain !
Décryptage description (JC Bailly)
Jean-Christophe Bailly met des mots sur des impressions qu’on a eues mais qu’on ne s’est pas dites. Par exemple, dans les parages de la page 65, tout ce qu’il écrit sur cette église perchée qui surmonte l’entrée ou la sortie de l’Autoroute du Sud, à Paris. Vue des milliers de fois, toujours suscitant l’étonnement avec ses grands anges dont le vert du bronze coule sur la pierre (cela JC Bailly n’en parle pas !). Surprise de la trouver là, dans ce livre.
Il évoque magistralement notamment tout ce qui relève de lieux traversés, soit en voiture, soit en train, en métro, en bus… lieux pénétrés uniquement par le regard et en sécurité, à l’abri dans la tôle et la vitesse de passage, à l’abri dans ce passage même, libre de capter, de manger des yeux, sans risques encourus dans cette zone qui est potentiellement dangereuse pour celui qui n’y appartient pas. On capte beaucoup, en fait on capte en permanence, même dans le plus banal trajet en voiture, ce que permet de révéler, parfois, le fait d’avoir sur soi un appareil de photo, mais on ne retient pas, plus même, on n’énonce pas. Et ce sont ces impressions accumulées, parfois en quantité considérable, que vient réveiller Jean-Christophe Bailly, ces alluvions, ces friches, ces lieux bizarres dont on est en fait habité. Ce sont aussi ces impressions accumulées qui contribuent à composer notre paysage intérieur et ce n’est pas anodin.
Autobiographie (JC Bailly)
JC Bailly sème allègrement dans son propos des idées, des souvenirs personnels. Ce qui rend le livre encore plus parlant, plus humain, l’auteur tendant la main à son lecteur pour une possible identification.
Violent réquisitoire, bref et percutant sur la religion : « ce qui me requiert dans tout cela, ou m’émeut, ce n’est pas la trace catholique (dès que l’on y regarde d’un peu plus près, par-delà la ferveur ou l’espérance rôdent toujours le contrôle, la manipulation, le calcul), c’est une rumeur ou un halo. » (p. 70 alors que l’auteur visite la fameuse église de Gentilly, qui abrite une communauté portugaise).
quelle est la couleur de l’effondrement
parfois ocre, ocre gris et pâle jaune, pourquoi couleur de quoi, enfuis perdus objets trouvés et poussière adrienne rich et ses vieux tiroirs poussière sur tout, linceul d’avant l’heure, manger de la poussière par la racine et se taire, se terrer sous les gravats – quel bruit font les bombes qui ne tombent plus et quelle est la couleur de l’effondrement ?