Ciel
Beaucoup de lumière, du ciel bleu, hier enfin de la pluie, une vraie pluie, lente et longue et ce matin de belles flaques, avec éclats de lumière et ville inversée – lumière dans l’air aussi hier soir avec des couleurs fouillées et ce matin, au levant, un très beau ciel, contrasté, du bleu, du gris, des nuages – ces nuages en deux couches à deux altitudes, plus petits et légers en bas filant à vive allure, plus denses en altitude, passant majestueux.
Lectures
Terminé mon survol de Le Bruit du temps de Mandelstam, des écrits de jeunesse qui ne m’ont pas vraiment retenue (sauf un texte sur la bibliothèque) – lu toutes les contributions à l’atelier philo d’Isabelle Pariente – Un peu de Magris (beaux chapitres sur Fontane et sur Ibsen) et fini le magnifique Écorces de Didi-Huberman. Beaucoup de lectures sur le Kindle, des pages Web, Wikipédia notamment que je m’envoie pour les lire confortablement et hors connexion. Formidable outil !
L’atelier philo
Isabelle Pariente Butterlin a lancé son atelier philo en ligne et c’est assez passionnant ! Elle écrit notamment :
« Je prends le pari qu’il est possible de suivre une ligne philosophique sans passer par des références, du moins pas d’emblée, pas sans raison d’aller les interroger. C’est un peu le geste pur de la philosophie : savoir ce qu’on pense. Points de parole et points de silence : tu construis un contrepoint entre le réel, silencieux, résistant, opaque, obstiné et la réalité qui se dit, se laisse dire, se laisse saisir ? »
Birkenau, Didi Huberman et un texte de Benjamin
Vers la fin d’Écorces, Georges Didi Huberman glose un court passage de Walter Benjamin dans « Fouille et souvenir » : « Qui tente de s’approcher de son propre passé enseveli doit faire comme un homme qui fouille. Il ne doit pas craindre de revenir sans cesse à un seul et même état des choses – à le disperser comme on disperse la terre, à le retourner comme on retourne le royaume de la terre. »
Tenir compte de ce qui est autour, de ce qui vibre peut-être, bouge encore autour du peu qui a été exhumé…
Et savoir, rappelle Didi Huberman que l’archéologie n’est pas seulement « une technique pour explorer le passé, mais aussi et surtout une anamnèse pour comprendre le présent ».
→ il me semble que tout le livre Le Dépaysement de JC Bailly est sur cette longueur d’onde-là.
Et bien sûr Écorces, cette méditation si forte, en un si petit livre, si profond, sur la visite de Birkenau.
Et j’ai plaisir ici à rapprocher deux livres dont mon amie Isabelle Howald, une des plus remarquables et écoutées libraires de France, me dit qu’ils sont à ses yeux les deux grands livres de l’année 2011.
Citer encore ce passage admirable de Didi Huberman : « les philosophes de l’idée pure, les mystiques du Saint des saints ne pensent la surface que comme un maquillage, un mensonge : ce qui cache l’essence vraie des choses. Apparence contre essence ou semblance contre substance en somme. On peut penser au contraire que la substance décrétée au-delà des surfaces n’est qu’un leurre métaphysique. On peut penser que la surface est ce qui tombe des choses : ce qui en vient directement, ce qui s’en détache, ce qui en procède donc. » (GDH, Écorces, 68) Et qui parfois vient notre rencontre, où que notre regard fait vivre à nouveau en tant qu’émanation des choses qui furent.
Et très pudiquement, ce n’est qu’à la fin du livre que Georges Didi Huberman révèle que ses grands-parents sont morts à Birkenau et que sa mère en a « perdu toute faculté de raconter. »
(note de lecture de ce livre dans Poezibao)
Bibliothèque (Mandelstam)
Dans le livre de Mandelstam, Le Bruit du temps, un beau texte sur « la bibliothèque » où il est question d’une bibliothèque dans une des maisons de l’enfance : « La bibliothèque de la prime enfance est un compagnon de route pour la vie entière. La disposition des étagères, les collections d’ouvrages, la couleur des dos, on les perçoit comme la teinte, la hauteur et la structure mêmes de la littérature universelle. » (Ossip Mandelstam, Le Bruit du temps, traduction de Jean-Claude Schneider, éditions Le Bruit du temps, 2012, p. 34)
→ pourquoi par ailleurs sont-ce certaines bibliothèques dont on se souvient et pas d’autres. Celle-là, dans une maison à la campagne, ses reliures et puis, dans un placard, ces premiers livres de poche et l’accès limité et contrôlé à cette collection qui fascinait alors que celle de la demeure habituelle est totalement absente du souvenir, alors même qu’elle existe (elle existe toujours d’ailleurs et sa présence ne fait pas naître de réminiscences, comme s’il y avait une sorte de black-out, souvent constaté, sur la vie quotidienne et que seul, le hors temps quotidien laissait trace dans la mémoire. Loi générale ou configuration personnelle. ? )
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