Ciel
beau temps, un peu trop chaud pour la saison (7° d’écart par rapport aux normes saisonnières) – 20° à 8 heures du matin.
Clivage (Pesquès)
Du clivage profond entre les mots et les choses, en une démonstration quasi mathématique, à suivre comme telle terme à terme pour tenter d’en comprendre le sens : « les mots ne nous donnent pas les choses / ils nous les enlèvent » (103), ils nous enlèvent les choses « pour les dire » : c’est là que se creuse le fossé entre le réel et le langage. « Pour les dire » signifie en les altérant, par définition, pour les faire « être autrement ». Les mots dénaturent la nature, cela devient soudain une évidence.
Immédiateté (Pesquès)
Il n’y a pas de vraie immédiateté semble dire Nicolas Pesquès : « L’immédiateté que nos corps aiment vivre / n’est plus que celle de nos temps verbaux / de nos espaces phrasés » (104). Il n’y aurait jamais immédiateté, contact total avec le monde, car il y aurait forcément médiatisation par le langage ? Incarnation par le verbe ?
→ Ici peut-être un point de désaccord. Il peut y avoir, très rarement certes, fugitivement bien sûr, le sentiment puissant d’immersion totale dans le réel, d’immédiateté. Il y aurait là une forme de sidération (positive, versus celle qui advient lors d’un trauma), laquelle suspend momentanément le cours ininterrompu des mots et le recours aux mots. Recours aux mots pour mettre à distance, pour décrypter, pour s’emparer d’un réel qui pourrait sans cela paraître affolant, dans son abondance, dans sa puissance. Cela peut-être que nos plus lointaines ancêtres ont ressenti. Et cela aussi décrit par certaines relations d’expériences de prise de drogues.
→ et des ces épiphanies peuvent naître, mais après coup et par altération, un poème.
La tension du texte (Pesquès)
page 105, de nouveau un poème dense, difficile d’accès mais comme surtendu par la tension extrême entre ses premiers et ses derniers mots, le vivre et le mourir. De vivre à mourir, via ces vecteurs que sont jaune, écrire, langue. Il faut noter la grande simplicité du vocabulaire de N. Pesquès. Il ne cherche pas à combler ce trou béant qu’il découvre en avançant et qu’il découvre au lecteur, avec des mots brillants, des termes-leurres qui feraient illusion. Non, il faut se débrouiller avec vivre, mourir, jaune, mots, colline – parfois des mots du registre de la médecine, mais rares, apoplexie, consanguinité.
Disparaître (le dessin, le poème, Pesquès)
Toutes ces pages me semblent marquer une sorte d’acmé du livre mais aussi de l’œuvre. On est complètement sur zone, par le jaune, notamment qui s’est petit à petit dépouillé. Confrontation avec le jaune, le jaune de plus en plus jaune, non pas couleur, mais essence : « Jaune ou la stupeur » (106) avec un « bonheur de la dessaisie » et « comme si voir disparaître quelque chose / c’était ça écrire, extraordinairement ».
→ ce qui fait songer à la légende antique rapportée par Pline, de la fille du potier corinthien Boutadès, dessinant, sur le mur, pour garder son image, l’ombre de son amant qui s’en va.
→ Le poème, esquisse, tracé de ce qui est encore là ou vient de disparaître, signalant une apparition disparaissante. (Jankélévitch)
si trop de phares
si trop de phares, errance, navigation déboussolée, affolée – vers où la proue, quel cap tenir ? – mur de lumière là et ici masse noire, mur, muraille d’eau et de nuit – rampe d’atterrissage fatale au papillon, à l’insecte zig zag, à l’œil blessé.
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