Ciel
Alternance de gris et de lumière, mais temps lourd et moite. 14° - hier violentes inondations en Meurthe-et-Moselle.
La citation / Du nom (Derrida)
« En vérité le nom n'est jamais seul. Chacune de ses syllabes reçoit d'une onde sous-marine la venue d'un autre vocable - qui, lui imprimant un mouvement parfois imperceptible, y échange encore sa mémoire. » Derrida, Parages, p. 11
Musique (Ernest Chausson)
Émotion hier de recevoir, totalement inattendu, un petit mot d’une personne de la famille d’Ernest Chausson, me remerciant pour mes choix musicaux actuels. Je continuerai d’ailleurs à parler de Chausson (voir cette page assez complète avec discographie), avec le poème pour violon op. 25, sans doute une de ses œuvres les plus connues (en écoute à l’instant la version pour violon et piano par Spivakov avec Hélène Mercier). La version originale est pour violon et orchestre, dédiée à Isaye qui l’a créée en 1896. L’œuvre a été écrite d’après un récit fantastique de Tourgueniev. D’autres versions à écouter. (Partition)
Hiérarchie (Milad Doueihi)
Bien avancé dans Pour un humanisme numérique, qui constitue une bonne description d’un certain nombre d’aspects de la culture numérique. Long développement sur « l’amitié », ou plus précisément ce qu’elle recouvre dans le contexte des réseaux sociaux, avec une intéressante comparaison pied à pied avec des textes d’Aristote ou de Cicéron.
M’intéresse surtout à la modification des pratiques, notamment éditoriales. Reconnaissant au passage bien des choses expérimentées ces dernières années, par la fréquentation de Twitter mais aussi par mes propres pratiques dans Poezibao et dans le Flotoir !
« [L’]absence de hiérarchie est une caractéristique majeure de la culture numérique actuelle : on la retrouve dans l’organisation libre et variable des rapports entre groupes et individus ; on la découvre aussi dans la méthode de production du savoir et de sa circulation, comme dans la tendance à privilégier les productions collectives, souvent anonymes. » (89) |
→ me souviens, à l’origine (pas si lointaine) d’internet, d’un double mouvement personnel. Émerveillement devant cette méga encyclopédie en perpétuelle recomposition, où trouver réponse à tant de questions, et l'accès presqu’immédiat à des savoirs auxquels il était long et difficile d’accéder auparavant ; et presque immédiatement, comme lié naturellement, le désir de partager ce savoir, de sortir de la confrontation solitaire de toujours avec la seule bibliothèque ! Sans avoir besoin de caution, même si celle d’un certain nombre de pairs est venue petit à petit et même plus tard, celle d’autorités savantes (!), et dans une démarche à la fois spontanée et naïve. Il y a un aspect ludique et quasi enfantin dans cette joie à communiquer ses découvertes, à les « imprimer », à les diffuser… et cela d’autant plus qu’a pesé si longtemps le poids d’une instance éditoriale autoritaire dans le cadre d’un passé de journaliste !
Anthologie (Doueihi)
Longs développements sur le principe anthologique, la collection de fragments, d’extraits, décrit comme une pratique tout à fait dominante dans la culture numérique :
« Si l’anthologie ancienne est née d’une économie de la rareté, comment se fait-il qu’elle soit aujourd’hui la forme dominante d’une nouvelle économie, une économie de l’abondance, voire de la surabondance, celle de notre culture numérique ? Comment expliquer le fait que l’anthologie soit la forme et le format par excellence de la civilisation numérique ? (123)
→ là aussi, comme une reconnaissance du travail de Poezibao, mais pas seulement dans la dite « anthologie permanente », plus largement pour l’ensemble de Poezibao et même dans une certaine mesure, du Flotoir, avec cette manière de prélever des fragments d’ouvrages, de les gloser, de se les approprier, comme supports de pensée mais aussi de vie.
Statut du lecteur (Doueihi)
Avec bien sûr, un profond renouvellement de la stature et du statut du lecteur !
« Si la culture du livre, dans son évolution historique, a donné lieu à la naissance et au sacre de l’écrivain, la culture numérique, dans sa dimension anthologique, inaugure la renaissance du lecteur. Un lecteur toujours déjà auteur, mais auteur dans un sens nouveau, ancré dans une hybridation agencée par le numérique et l’anthologisation. (127)
→ comment mieux définir une fois encore une part importante de la pratique du Flotoir que par cette « hybridation », cette greffe lectrice sur le texte de l’auteur… (en espérant sans doute, bien présomptueusement, des fruits nouveaux, plus résistants !???)
→ cette renaissance du lecteur : reconnaissance bienvenue dans un contexte où certains s’acharnent (par peur ?) à prédire la mort du livre. Plutôt que de renaissance du lecteur, il serait peut-être plus judicieux de parler du renouvellement de son statut, d’un déplacement. Il passerait d’entité silencieuse, un peu fantomatique, largement fantasmée à une réalité plus prégnante, active, en mesure de s’exprimer librement et de donner un accès universel (potentiellement) à son jugement. C’est une évolution considérable, et en premier lieu pour les auteurs !
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