Ciel
Il fait encore beau, toujours chaud, mais 17,7° ce matin seulement. Orages et pluie annoncés. Vent du nord.
Lieux insaturés (Isabelle Butterlin)
Toujours la belle réflexion d’Isabelle Butterlin, sur la question de la saturation et de l’insaturation, des textes, des œuvres, des lieux…
Ici ce sont les lieux, dont il est question.
« C'est une certaine qualité des lieux qui demeure presque imprévisible avant qu'on y pénètre, et qui s'impose comme une évidence après quelques instants. [...] S'il y a des lieux de l'étouffement, il y a bien des lieux de l'insaturation. [...] Les lieux de l'insaturation possible sont gratuits et indétectables, et ne se prévoient pas, aucune prescience n'y conduit. Aucun plan ne les répertorie sous un symbole particulier qui permettrait qu'on s'y engouffre.
Il faut y être, pour sentir que le soi, au lieu de se replier dans l'origami complexe des pensées intérieures, les laisse peu à peu se déployer, au point que la frontière opaque entre soi et le monde cesse de fonctionner tout aussi hermétiquement »
→ m’est venue cette pensée que les arbres contribuaient pour beaucoup à l’insaturation des lieux… eux-mêmes ne sont-ils pas insaturés, discontinus, réseaux de feuilles et de branches entre sol et ciel, riches d’interstices, respirant et permettant de respirer – cette sensation si profonde en arrivant au Champ de Mars, maintes fois, de changer complètement d’univers, comme si un courant s’établissait au travers de soi entre sol et ciel, courant totalement interrompu, coupé, par l’univers de béton de la ville. Comme si le corps de nouveau pouvait s’insérer comme une sorte de trait d’union entre deux entités, la terre et l’air (Bachelard !)
Orgue
Beau concert d’orgue hier à St Germain des Prés, par une japonaise née en 1983, Ami Hoyano, avec un programme très intelligent : un Veni Creator de Grigny (ici les trois premières parties par René Saorgin), une pièce de Guillaume Lasceux, les prélude et fugue en sol majeur de Bruhns, un choral Kommt heiliger Geist de Buxtehude, le merveilleux concerto en la mineur de Vivaldi/Bach (ici par André Isoir à Weingarten) et une toccata (ici par Maria Magdalena Kaczor) de Bernard Foccroule (professeur d’orgue au Conservatoire royal de Bruxelles, directeur artistique du Festival d’Aix-en-Provence).
À plusieurs reprises, les basses les plus graves de l’orgue sont sollicitées, un peu dans Bruhns et beaucoup dans Foccroule. Toujours cette sensation d’une sorte de ventre de l’orgue et alors de l’habiter. Toutetefois dans cette pièce de Foccroule, un peu gênée par quelque chose que je relève souvent dans les pièces contemporaines : comme une juxtaposition de courtes séquences, chacune intéressante en elle-même, mais dont je peine à sentir la nécessité par rapport à l’ensemble. Une sorte de discontinu. L’introduction de la toccata est spectaculaire comme il se doit, prometteuse, mais la tension retombe ensuite et même la conclusion, souvent si impressionnante dans les toccatas (notamment de la fin XIXème) est un peu décevante.
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