Ciel
Un peu de lumière, mais blafarde, filtrée par une couche de nuages blancs, 12,5°, vent de sud-est « Seul le vent / comprend le vent » (Thomas Bernhard, dans l’anthologie permanente de Poezibao, aujourd’hui.
« Diable de condensateur », Bénézet, Mallarmé, Dupin
« Diable de condensateur » dit Bénézet de Dupin (reprenant en fait une formule d’Eugène Lefèvre, un correspondant de Mallarmé, à propos de ce dernier : “diable de condensateur, qui logez trois ou quatre replis d’idée dans un mot” » (revue Europe, numéro Dupin, p. 82)
Mathieu Bénézet qui compose un bel ensemble, à sa manière, par éclats. « Jacques Dupin n’accomplit pas une réflexion sur l’écriture, il écrit du dedans d’écrire » (83)
Pour Pesquès, Reverdy, via Bénézet
Cette importante citation de Reverdy, qui résonne si bien avec toute ma lecture récente du livre de Nicolas Pesquès : « Le poète aurait donc beaucoup d’excuses à désespérer, puisque son acte, il peut le considérer comme fatalement voué à l’échec, pour peu qu’il ait conscience que ce qu’il doit communiquer est rien moins que l’incommunicable. Réussir dans la forme – c’est la seule chance de salut sur laquelle il puisse compter – la forme, grâce à quoi, moyennant ce qu’il faut de compromis et d’équivoques, les hommes feignent d’arriver à s’entendre – dans la plus imparfaite communication. » (84)
Pesquès justement, et Bénézet encore, sur Dupin
Je parlais de Pesquès, le voici et hier j’entamais la lecture d’un livre de Bénézet que je retrouve aussi dans ce numéro d’Europe sur Dupin ! Bénézet dont la structure du peu que j’ai lu encore de Continuités d’éclats me semble similaire à cette de sa contribution au dossier Dupin : des éclats oui, comme dans un minéral, un agglutinat d’éléments, de références, d’anecdotes et de citations.
Pesquès et Dupin
…dans l’atelier en quelque sorte de l’écriture puisque Pesquès montre que le très pudique et secret Jacques Dupin, à deux reprises, dans Coudrier, « laisse bailler la porte » sur le « labeur et les façons » du poème. Il met en scène Dupin « aux fourneaux » et qui soudain tourne la tête vers « nous, lecteurs écarquillés » et qui « nous glisse : “le truc c’est de bifurquer”… » (85). « L’os est jeté. Il est riche » poursuit Pesquès que l’on retrouve bien aussi, un peu plus loin, lorsqu’il écrit « On bifurque pour suivre une piste, flairer ce qui vous tenaille et vous appelle : l’aimant du poème qui vous ronge. On écrit parce qu’on ne peut pas, et qu’il faut se diviser. » (86)
Jour en quatre
trace même pas, bave non plus, miettes furent mais mangées alors rien pour le chemin ou la faim ni les yeux pour pleurer – mais bifurquer, autre chemin filant de traviole sous les ronces rampantes – pas le choix, déboite et file, debout, couché, léchant reniflant le sol, seul à terre, à te taire, mais sans laisse.
angle droit de la lumière, pastilles, taches, distribution égalitaire, seuls les filtres et les obstacles – traces et flaques à boire d’oiseaux, bec piquant tête et ailes bruit de papier dans le vent, matière de souffle – courants d’air errant à surfaces cabossées, peau de terre, eau de rose, grillages, rhododendrons.
en apnée (ou presque sinon sans retour) dans les mots, pêche, cueillette, filet à papillons, boîte de pétri (mise en culture / flotoir) – rapts et larcins, sous le manteau et empochés, fardelés et ficelés, papier à cigarette et tabac de contrebande, cachés en doublure du flotoir
glissements des pans, à couteaux tirés, opacités, transparences, pourcentages – main mise sur élimination, réversible, calculable, évaluable, trahisons lâches, pectoraux gonflés, effets recherchés : à jeter – idée seule petite main de fer pour caler l’affaire, pas un jeu de hasard ni un coup de dé – traduire, trahir, assigner à arrière-plan, mise en avant, inversion, concentration et la question du point final
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