Ciel
Beau et plus frais, les petites pastilles lumineuses de retour ce matin au réveil. 18°
Journaux
Sentiment d’horreur de nouveau, étreignant, devant la cruauté humaine, qu’il s’agisse des actes d’un désaxé ou bien de la barbarie en Syrie. Massacres, tortures, exactions… après des études d’ophtalmologie à Londres ! Médecin et tortionnaire (celui-là n’est pas musicien que je sache ?), on a déjà connu. L’histoire se répète inlassablement et il n’y aucune raison objective que cela change. Au contraire.
Consterné aussi par la prise de conscience de la manipulation urbi et orbi. Dans le supplément « Sciences et techniques » du Monde de ce samedi 2 juin 2012, la charge continue contre tous les scientifiques qui se sont compromis à des degrés divers avec l’industrie du tabac. Les journalistes du Monde semblent avoir eu accès à ce qu’on appelle les « tobacco documents », archives des instances de promotion du tabac ou des cigaretiers. On apprend ainsi que Jean-Pierre Changeux lui-même a sollicité une aide du Council for Tobacco Research pour financer des travaux de son laboratoire ! Au demeurant, le document a été retrouvé avec un post-it portant en grand son nom et un point d’exclamation… joie d’avoir ferré un si gros poisson.
Du doute
Nécessité donc de douter, urbi et orbi, aussi. Douter de tout, systématiquement (ça rappelle un certain philosophe !). Ne rien prendre pour argent comptant, parce que justement, l’argent… partout, toujours. Se souvenir de la pièce de Dürrenmatt, La Visite de la vieille dame : avec l’argent on peut tout acheter, à commencer par une vengeance, dut-elle signifier le lynchage d’un homme.
L’article scientifique n’est pas une caution (cf. tous les grands drames sanitaires récents, sang contaminé, Mediator, amiante, pesticides, etc.)
Mais aussi, et là il y a immense travail pédagogique à mener, apprendre le doute aux enfants et aux jeunes. Il n’y a pas de parole d’évangile. Discussions intéressantes à ce sujet avec mes amis allemand, UKS et JK qui m’ont dit tous les deux que dans le système scolaire allemand, la pratique du doute était enseignée. Les élèves sont habitués à examiner les faits présentés de façon critique, avec incitation à les mettre en doute, à les contester. Mes deux amis rattachent cette pratique salutaire au passé de l’Allemagne et à ce constat que des foules hautement manipulables ont cédé corps et âmes à la dictature hitlérienne.
Tadié, Proust, Freud
Toujours les mêmes réticences, accrues même. Au fond je ne supporte pas de voir l’œuvre de Proust ramenée incessamment à la prétendue scène primitive, souvenir écran of course, à savoir le baiser du soir de la mère (je caricature mais à peine). Je ne dis pas qu’une telle lecture ne puisse être faite, mais je pense qu’elle devrait être faite de façon beaucoup plus subtile, fine, que ce que je lis là. Je me souviens d’ailleurs avoir été surprise en l’achetant par la taille modeste du livre ! Il me semble en fait assez facile et superficiel, enfonçant des portes ouvertes. Hâte de sortir de ce Lac inconnu.
Pesquès, et oui ! la joie
Le poème de la page 125 (in La Face Nord de Juliau, huit, neuf, dix) a lui seul pourrait être très longuement détaillé et retourné. « Courir la pente / m’introduire dans le creuset qui n’appartient à personne », lance-t-il en matière d’incipit, le corps à l’œuvre donc, tout de suite confronté de nouveau à la séparation [destin du corps, la séparation, depuis la première division cellulaire et la naissance, jusqu’à la mort en passant par toutes les mues intermédiaires…] avec le « jaune extra-lucide / qui reconnaît la déchirure du langage ».
→ et soudain saute aux yeux la pertinence de ce choix (mais en est-ce un ?) du jaune, le jaune acide, le jaune non complaisant, le jaune pas vraiment refuge ou apaisant comme le bleu ou le vert célébrés par tant d’écrivains. Non le jaune extra-lucide ! Celui du soufre. Séparation à l’œuvre, dans l’œuvre et d’avec l’œuvre, hors d’œuvre en quelque sorte et au cœur de l’œuvre en même temps, toujours cette tension entre deux contradictions qui confèrent une part de son immense énergie latente aux poèmes de Pesquès. « Nul autre devoir que de poursuivre / le jaune pelé de JAUNE », de se confronter à la fois en quelque sorte à l’immanence et à l’essence, de vivre le jaune local et le concept de jaune, dans la déchirure mais parce que c’est là qu’il faut être. Assigné au jaune en quelque sorte, à supporter le passage du jaune au JAUNE. Il s’agit et là vient une énorme surprise de regarder la brûlure « comme un texte de joie ». Et il faut bien entendre il me semble joie et pas jouissance, il me semble, même s’il peut y avoir de la jouissance dans la joie. Cela va au-delà du plaisir individuel et que l’on pourrait dire solitaire. Quel formidable rebond après la désolation des pages précédentes, où l’on sentait les poèmes construire petit à petit un désespoir total. Comme si un seuil avait été franchi et c’est ainsi peut-être qu’il faut lire « m’introduire dans le creuset qui n’appartient à personne » ? Et au bout ? « Le bien-être sans la paix / le livre sans la fin » (126), comme si il y avait eu une forme de renoncement, de détachement, mais qui ne signifie pas la fin de l’entreprise. Aucune fin n’est possible, ni celle de l’entreprise poétique, ni celle du livre, qui reste ouvert et prêt à traduire le cheminement sans concession de Pesquès. Que l’on aurait presque envie d’appeler Juliau Pesquès. Changement de prénom comme emblème de l’étape franchie dans la recherche de la colline insaisissable.
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