Dupin
… toujours, dans le numéro de la revue Europe. Un bon article de Michèle Finck sur un sujet auquel je suis particulièrement sensible, « L’univers sonore de Jacques Dupin », mais il y a trop de références, les guillemets et les indications de recueils et pages entre parenthèses gênent beaucoup la lecture, la disperse… dommage. J’aime le recensement des instruments de musique nommés dans l’œuvre (mais note qu’il n’y a pas de piano !). Michèle Finck recense la flûte, le tambour, la harpe, le violoncelle, les orgues, l’harmonica, la viole, le pipeau, la contrebasse, le gong et le clavecin. Et note une tendance à « détourner les instruments de leur emploi classique ». (94).
Elle dit « prendre le risque de classer l’univers sonore de Dupin au plus près de l’art poétique formulé par Beckett : “Mon travail est un corps de sons fondamentaux [...] produit aussi pleinement que possible et je n’accepte de responsabilité pour rien d’autre” [...] La poésie de Dupin se tient au plus près de quelques-uns des enjeux de la musique du XXe et du début du XXIe siècle : de son travail de creusement de “l’écoute”, de son exploration de la “dissonance”, de son choix de diminuer la part du mélodique au profit d’une intensification du “rythme”, de son approfondissement de la “voix” écartelée entre les extrêmes et surtout de son émancipation du silence, au point qu’il s’agit encre et toujours d’“écrire pour atteindre le silence [...] extraire le silence du rythme et des syncopes de la langue” » (101).
→ Je ne m’étonne plus de mon attirance pour l’œuvre de Dupin, tant j’y trouve de caractéristiques pour moi fondamentales, autour du son, du rythme. Mais ce que ne dit sans doute pas assez Michèle Finck, c’est que cette recherche n’est jamais gratuite, n’est jamais une recherche du son pour le son, du rythme pour lui-même, comme dans certaines recherches de poésie sonore (même si celles-ci finissent par produire du sens, mais presque à l’insu d’elles-mêmes), elle est toujours entée sur l’autre recherche, mieux mise en avant par Pesquès.
La catacoustique
citée par Patrick Quillier, dans son article d’Europe sur Dupin : « partie de l’acoustique qui traite de la réflexion du son, de la propriété des échos » . Rien à voir avec catastrophe (encore que dans certaines églises où l’on donne de la musique, voire même dans certaines salles de concert, réverbérations et échos aient un effet redoutable), mais vient du terme grec signifiant contre…
Pneuma et magma (Dupin)
Cette très belle citation de Dupin « le pneuma secoue le magma ». (Ballast, 268, cité E, 107). Patrick Quillier évoque les trois sortes de pneuma distinguées par les stoïciens : le pneuma qui assure la cohésion de la matière, celui qui insuffle la vie et le mouvement et enfin le principe vital
Le souffle, force de disjonction qui aère, dégaze le magma, le laisse enfin interagir avec le reste.
→ ici forte évocation de laves en fusion coulant dans la mer (documentaire multi rediffusé (!) sur Arte autour du volcanologue Guy de Saint-Cyr.
J’écoute le caillou
ramassis de cailloux au bord des flaques, tous absents, ailleurs, parleurs et liseurs virtuels, en entretien avec l’absence et là au pied des tours de passe-passe, avec et sans couteaux
sommeil vague battant le pavé de la veille, semés mots, largués points d’appui, détachement doux, indolore mais trop tard déjà
car rien sous brumes et vapeurs, rien à sortir d’ouate et tampons, bouche étoupe étouffe tentatives avortées embryons rejetés esquifs misérables au bord du monde, dérive, dérivant, âmes-sœurs en perdition
« J’écoute le caillou, le ciel », Jacques Dupin, in Ballast, 313, cité par Patrick Quillier, revue Europe, 104).
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