Françoise Clédat
Lu une première fois en entier Petits déportements du moi, le nouveau livre de Françoise Clédat. Livre étrange, non pas orphéïque mais qui évoque cependant un entre-monde (se souvenir que l’un de ses précédents livres s’appelait Le Gai Nocher). On semble ici en territoire indéfini, dans l’entre-deux, dans une indétermination qui affecte à la fois la forme du texte, variable, variée, variant, variationnelle même. Entre deux, mort/enfer et vie/retour. Dans une sorte de passage (et il n’est pas exclu qu’il y ait quelque chose d’un rite, d’une incantation dans certains poèmes). Il s’agit de revenir de la mort (qui est ici la mort du plus proche et non une presque mort de soi au sens near death experience) et de reprendre vie.
De la réaction au livre
Réaction quasi physique et de plus en plus à ce que je lis. Cette réaction à prendre en compte, car sans doute aussi signifiante que la « pensée », l’élaboration intellectuelle à partir du livre. Pour Françoise Clédat en cette première lecture, pas de notes, pas de soulignements, pas de gloses, aucune retenue citationnelle mais une lecture d’une seule coulée, un peu comme un déchiffrage de partition musicale. Une forme d’emportement (Rituel d’emportement titre Marie-Claire Bancquart) ou pour reprendre le titre de Françoise Clédat, un déportement du moi.
Exigence de la poésie
Difficile quand on est devenu lecteur assidu de poésie de lire certains textes ! En cours, la biographie de Martha Argerich par Olivier Bellamy, un peu superficielle me semble-t-il (j’en suis à la fin de l’enfance et de la formation) et assez anecdotique. Et Bellamy qui n’écrit certainement pas mal, mais dans un style passe-partout, d’où le cliché n’est pas absent, mise en forme un peu sans recherche formelle des données recueillies. La lecture de poésie rend sans doute particulièrement sensible aux clichés (sous-titre du livre, l’Enfant et les sortilèges, hum !!). Cela dit le livre est vivant et la personnalité de Martha Argerich inouïe si bien que l’on passe sur ces petits inconvénients, ayant le sentiment de lire un travail de journaliste, ce qu’est Olivier Bellamy.
Recul, recel
recul, recel, recalé ce qui hèlerait, pas d’arrière, peur en avant – qui ira au charbon ? – sources perdues, filets taris, qui les cherchera, pauvres livres oubliés sous l’amas affolant des signes – édulcorés, délavés, sèchent sur un fil, tannés recuits, évidés poissons à l’œil mort à l’étal toxique.
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