Ciel
lumière diffuse, des nuages, un mélange de jaunes, de gris et de bleus, température douce et humidité, 17°
Lire qu’elle ne s’écrit pas (N. Pesquès)
Une nouvelle phrase-clé dans le livre de Nicolas Pesquès, la Face Nord de Juliau, huit, neuf, dix : « la poigne du dessaisir / la force extrême de la limite : genêt radieux, irradiant // comme s’il était possible de lire qu’elle ne s’écrit pas // qu’elle ne pas // fleur interne, jaune en cage » (166)
→ ici se demander si l’entreprise de Pesquès par son énergie continue et extrême ne crée pas une sorte d’œuvre hallucinée, absente certes puisqu’elle est impossible, il le démontre suffisamment rigoureusement mais spectrale ; JAUNE pourrait ainsi être la signature de cette présence spectrale, de cela dont sans cesse on s’approche, qui a donc une forme de réalité mais qu’on ne peut saisir, car les moyens pour le faire n’existent pas. Quelque chose que l’on peut lire alors que ça ne s’écrit pas. Une chimère peut-être ? Un hologramme de la colline, des genêts ? « fleur interne, jaune en cage ».
Effet de projection (Pesquès)
S’interroger aussi sur l’effet de projection de cette œuvre.
Projection de cette image fantomatique, qui ne peut s’écrire mais qui se lit, qui est loin d’être absente de toute réalité (de tout bouquet ?) pour le lecteur, qui se constitue en une créature / création à l’étrange statut.
Projection au sens concret. Il y a là une fabrique à images, mais images composites, à la fois figuratives et abstraites, images multiples nées de chaque poème et se superposant et image globale née de l’ensemble du livre ou de ses différentes étapes.
Projection de la marche en avant, enfin. Le livre donne le sentiment de toujours avancer et en ce sens génère une forme de suspens(e)
Voir et la couleur (Pesquès)
Il y a également un questionnement sur ce qui est vu, sur ce qui se passe dans la vision, la perception, et singulièrement quand il s’agit de la couleur, seule. Cette remarque par exemple : « Fixer une couleur c’est ne plus voir que voir » (168), une phrase que tous les peintres devraient accrocher dans leur atelier ! Effacement de la forme, disparition de l’image, de la photo, du tableau, de la représentation, immersion dans la couleur seule. Voir désarrimé de penser, interpréter, traduire.
La tentation du fusionnel (Pesquès)
« Je voudrais résister au fusionnel [...] explorer l’espace entre ce que les yeux voient et ce qu’ils lisent »
N’est-ce pas exactement ce que je tentais de dire à propos de la couleur ? Cela dans un mouvement de balancier entre deux pôles opposés, en plein cœur de l’aporie « écarter, rejoindre », un battement qui anime aussi le livre, battement global, perceptible malgré le cheminement pas à pas. Ouverture et repli permanents, alternés : le péril serait que cela se fige. La concession, la pure jouissance narcissique de l’acquis déjà, la peur d’aller vers l’impossible auraient entraîné le figé de la répétition et l’œuvre aurait été dévitalisée
Retour de écre qui continue à me gêner. Envie de dire que les moyens de Pesquès sont suffisamment puissants pour qu’il n’ait pas besoin de recourir à ce mot forgé qui bien que répété, ne trouve pas en moi lectrice, sa légitimité et reste une sorte de grumeau.
Écre aussi sans doute comme Éc(arter), rejoind)re, « écre est un son de colline en langue étrangère » (170). Écre comme écriture bien sûr, mais un écrire autre, évidé, affûté ?
ruban de voix
monde ruban de voix métis tissé d’hier et maintenant – spectrales mais présences, présentes mais éteintes, vives ou mortes, voix à l’infini, fleuve des voix, la mer, la mer toujours recommencée – ressac intérieur, précises ou anonymes, battent au sang, à perte d’ouïe.
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