Une soirée de lecture (1)
Hier très belle soirée Jacques Dupin à la librairie Tschann à Paris, à l’occasion de la sortie du numéro de la revue Europe dédié à Jacques Dupin que j’ai abondamment commenté dans ce Flotoir. Il y avait là notamment Georges Raillard, Nicolas Pesquès et Maïtreyi, Cole Swensen, Jean-Claude Mathieu, Anne de Staël, Claude et Hélène Garache, Didier Cahen, Jean-Patrice Courtois, Jean-Baptiste Para, Emmanuel Laugier, Jean Frémon, Esther Tellermann, Mathieu Bénézet, Caroline Sagot Duvauroux, Fabienne Courtade, Christian Cavaillé, Jean Claude Schneider, Jacques Lèbre, Jean-Pierre Chevais.
Passer outre (Françoise Clédat)
« Il faut connaissant l’impuissance – qu’elle gagne mais / de sa victoire encore nous épargne – que vers ne plus créer / soit l’impossible où nous créons. » (Pddm, 67)
Superbe formulation qui synthétise bien des points relevés ces derniers temps notamment chez Nicolas Pesquès. On est bien ici « sur zone », autrement dit au cœur même de la question de la poésie aujourd’hui. Conscience d’une impossibilité, volonté lucide de tenter le passage envers et contre tout, notamment l’évidence. Claire conscience de l’impossibilité de la poésie, et non moins claire détermination à ne pas renoncer, à aller ferrer l’impossible.
Continuités d’éclats (Mathieu Bénézet)
Repris Continuités d’éclats, de Mathieu Bénézet, récemment paru aux éditions Rehauts. Sans doute conduite à ce retour par ma brève rencontre avec Mathieu Bénézet à la lecture Jacques Dupin.
Il place son livre sous l’exergue d’une citation de Breton, attestant du « cycle des recoupements ». Formule qui me parle évidemment intimement car que je fais-je d’autre, ici, dans ce Flotoir, que de mettre en œuvre, inlassablement, recoupements et échos ?
De la dévastation,
« Tout écrivain est, par lui-même, dévasté » (Ce, 28), propos qui prennent tout leur poids dans cette rencontre d’hier soir avec Mathieu le dévasté : « il te présente son propre cadavre » (Ce, 28)
Ce livre est stupéfiant ! C’est un entremêlement étrange de réflexions, dont le fil conducteur n’apparait pas immédiatement, sauf à dire que c’est une réflexion sur la création. On y trouve de nombreuses notes sur les revues, dont je ne sais si elles sont reprises ou préparation de ce feuilleton que Mathieu Bénézet a écrit pour Ent’Revues. On y entend cette conviction profonde de l’importance des revues, de leur nécessité pour la création littéraire. Nombreuses adresses au lecteur, à la lectrice, citations, anecdotes concernant des écrivains…une sorte de « roman » (c’est lui qui le dit) à la manière Bénézet. Roman aussi comme une nostalgie, quelque chose à retenter, à faire revivre ?
« Ce que vous écrivez m’apparaît – depuis que je vous lis – au bord de se briser – de s’étouffer [...] vos phrases affouillent le trouble sentiment d’exister, d’être au monde. Il y a du danger à vous lire – mais un danger qui apaise, ce n’est pas le moindre de vos paradoxes ». On ne sait à qui s’adresse Bénézet, on suppute qu’il parle aussi de sa propre expérience d’écriture, lui qui poursuit « votre solitude et votre douleur connaissent les nôtres, les miennes ». Propos de lecteur et d’auteur confondus.
Oui, qui parle à qui et de quoi ? se demande-t-on en permanence avec cependant la certitude qu’il est parlé au lecteur (il indéfini, infini aussi), qu’il s’agit ici d’un « parler à l’oreille de chacun » (Ce, 30), « non pas un murmure, une décroissance de la parole – une diminution concentrée sur son dire ».
Diminution, le mot renvoie à la musique et au tricot ! Et en musique, il a plusieurs sens, qu’on en juge :
1. Dans la théorie des XVe et XVIe siècles, le terme désigne le passage d'une mesure à une autre telle que la même valeur écrite y reçoit une durée N fois plus courte, comme cela se passe encore actuellement quand on passe de C (où une blanche vaut 2 temps) à C barré (où la même blanche vaut seulement 1 temps). La diminution changeait donc l'écriture, mais non obligatoirement la durée.
2. Dans le vocabulaire classique, au contraire, le terme désigne une nouvelle présentation d'un thème ou d'un fragment en durées plus courtes que dans sa présentation de référence (par exemple, sans changer de tempo, un thème en blanches énoncé en noires). La diminution change donc avant tout la durée et, accessoirement seulement, l'écriture.
3. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on appelait diminution une variation monnayant le thème en valeurs plus courtes au moyen de notes de passage ou d'ornementation.
4. Par extension du sens précédent, on a parfois étendu le terme diminution à toutes sortes d'ornementations, spécialement dans la musique vocale. (source)
Une soirée de poésie (2)
un charbon brûlant, irradiant, et autour : néons, masquant
voix tenue, lente, et autour : m’as-tu vu, regarde-moi et l’indécent violeur et voleur d’œuvre
présence des dévastés, lui, elles, et au centre excentré : présence taciturne de poèmes
parleries, parlottes, parlures et ailleurs… poèmes
Commentaires