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Rédigé par Florence Trocmé le 12 août 2012 à 14h38 dans photomontages | Lien permanent | Commentaires (0)
Max Little, la voix, Parkinson
Max Little est chercheur en mathématiques appliquées et il tente de mettre au point une détection très précoce de la maladie de Parkinson dans la voix. Pour cela il fait actuellement une collecte d’enregistrements et il a établi une série de plus de 300 algorithmes. Il pense que la maladie de Parkinson peut se détecter dans la voix à un stade très précoce. La voix est en effet « le résultat d'une coordination du larynx, et du diaphragme, des cordes vocales, de la langue et des lèvres. Chez un malade de Parkinson, cette coordination est altérée. La voix à des rigidités, des faiblesses et des tremblements. Elle est un bon marqueur de la maladie. Il est possible qu’elle soit même l'une des premières fonctionnalités affectées. Je n'en suis pas encore sûr mais en tout cas Parkinson se détecte par la voix même un stade très précoce. » (Max Little in Le Monde, daté mercredi 8 août 2012)
(On peut participer à son étude en donnant un échantillon anonyme de sa voix, que l’on soit parkinsonien ou pas, au numéro de téléphone 02 49 88 05 76)
Superlatifs, encore
Je me suis tenue un peu à l’écart des médias ces derniers jours mais j’ai tout de même relevé ce titre en anglais : The top 100 bestselling UK books of all time (les cent livres anglais les plus vendus de tous les temps). Je croyais que la Bible était le best-seller mondial et aussi, la plupart du temps, dans les pays de religion chrétienne mais peut-être n’entre-t-elle pas dans les livres en compétition ici ? Cette manie des classements, des records est une calamité. Pourquoi si l’on choisit de montrer dix exemples d’un phénomène, affubler automatiquement ce choix d’un titre du style : les dix plus beaux … du monde. Tout n’est que comparaison, dualité, charts
De minimis
Se souvenir alors, en antidote, de ces mots que Linné a placés en exergue de sa Science des insectes, ce qui est rapporté par Bergounioux dans la belle émission de France Culture, diffusée récemment : natura maxima miranda in minimis, jamais la nature ne suscite une plus grande admiration que dans les petites choses. Lorsqu'on focalise son attention sur les créatures imperceptibles, dit Bergounioux, on ressent une admiration très grande, une perfection, un éclat et il voit là la raison de son intérêt pour les insectes.
Celibidache
Je continue à avancer dans la lecture de La Musique n’est rien et ai laissé complètement tomber un long article trouvé sur le net et qui me semblait prometteur. En fait un charabia, bourré de fautes d’orthographe et très confus, aussi bien sur le plan de la pensée que sur celui de l’écriture.
Il n’empêche que parfois Celibidache me trouble et que je ne comprends pas grand-chose à ce qu’il dit. Il faudrait sans doute approfondir la question de la phénoménologie de la musique et reprendre un peu les bases de l’approche du zen qui semble orienter profondément sa pensée. Mais c’est un livre plus qu’intéressant et de longue portée, dont les idées clés ne cessent de revenir à la conscience. Presque chaque fois qu’il est question de musique, autant dire sans cesse !
Pensée dans la musique (Celibidache)
À plusieurs reprises cette insistance sur le fait qu’il doit y avoir beaucoup de pensée bien sûr dans le travail de base sur la musique à jouer, le travail préparatoire puis de moins en moins de pensée. Élimination de la pensée et de la peur dans le jeu, à terme. Tellement souvent expérimenté cela, à mon modeste niveau : le désir de bien faire, l’afflux de pensées de contrôle, le peur de l’échec entravent totalement la liberté du jeu, beaucoup trop accroché au texte.
Il dit aussi que la pleine conscience ne s’encombre pas du passé (savoir, connaissance) ni du futur (volonté, désir).
Tempo (Celibidache)
Cette phrase me semble bien synthétiser de nombreux aspects de la pensée de Celibidache : « tempo non pas comme une affaire de physique, mais tempo comme condition pour que la multiplicité soit réduite à une unité, qui puisse être assimilée par l’esprit humain, qui est lui-même une unité. Rien d’autre. Celibidache répète plusieurs fois la réplique de Furtwängler à qui alors qu’il est un jeune chef en formation, il demande à quelle vitesse doit être joué tel mouvement et qui lui répond : « pourquoi wie schnell [à quelle vitesse] ? Tout dépend comment ça sonne ». Immense influence de cette simple réplique sur lui, comme un énorme pavé dans la mare avec ondes de choc sur le très long terme. Et Celibidache continue « tout dépend comment ça sonne. Si ça sonne riche et profond partout je deviens plus large, si ça sonne sec et évanescent je dois accélérer. Il faut être orienté sur l’écoute, sur ce qui sort effectivement (tatsächlich), ce qui entre réellement en jeu et pas sur une théorie. Le métronome dit 92. Qu’est-ce que 92 ? Qu’est-ce que 92 dans le Philharmonie de Berlin ? Qu’est-ce que 92 dans la Philharmonie de Munich et qu’est-ce que 92 dans le Musikverein de Vienne ? Une idiotie. Car chaque salle, chaque morceau, chaque mouvement a un tempo propre, absolu, qui reflète cette situation et aucune autre » (La Musique n’est rien, p. 162)
La pulsion photographique et l’enregistrement
J’éprouve un vrai besoin de photographier et je m’interroge sur les raisons de ce qui ressemble un peu à une pulsion (et ça ne date pas d’hier !) et sur le devenir de ces monceaux de photos, sachant que je me résous très difficilement à en supprimer (environ 10 000 cette année). Sans doute quelque chose dans le rapport au temps est-il là en jeu.
Dès l’adolescence, ce besoin de retenir, d’enregistrer et de stocker, un peu comme si tout cela devait m’être arraché, comme si j’étais menacée de pénurie. Dresser des digues de livres, de mots, de musique, d’émissions devant le vide, l’absence, le manque ?
J’aurai vécu à une époque qui aura vu la multiplication exponentielle des outils à enregistrer. Depuis mon premier magnétophone Grundig à bandes en passant par les K7 jusqu’à tout ce qui se développe aujourd’hui en ligne et qui continue à me fasciner et à me requérir.
De l’encyclopédie
Il y a dans Internet une dimension dont on ne parle pas beaucoup, me semble-t-il, mais qui pour moi est fondamentale et fascinante, précisément parce qu’elle répond à des questions et désirs de toute une vie, le caractère encyclopédique. Souvenons-nous, autrefois, quand une question se posait, il fallait chercher dans le dictionnaire, interroger les amis, souvent aller à la bibliothèque, fouiller longuement car il fallait aussi savoir où et comment chercher. Exemple très précis : l’autre jour lisant Celibidache, le voici qui parle du 2, du 3 et du 4 (je n’ai d’ailleurs pour l’instant rien compris à son explication !), et qui relie le 2 à alla breve, le trois au triangle et le quatre à la croix. Impossible de me souvenir de ce que c’est exactement que alle breve, j’attrape mon téléphone qui est sur ma table de nuit, je tape alle breve et en trente secondes je suis renseignée…. Impossible de se lasser de cet aspect presque miraculeux d’accès à des savoirs et connaissances quasi infinies, dans tous les domaines.
Jeux de billes
Très amusée de voir au journal télévisé une compétition (pour adultes) de circuits de bille qui se passe à Pornichet. Cela réveille le souvenir de ces fameux circuits que l’on faisait enfants : il fallait d’abord réaliser le tracé, avec des virages soigneusement relevés et des obstacles. Puis il y avait la manière de propulser la bille : parfois cela faisait un peu mal à l’ongle. Soit en pichenette, index/majeur, soit main basculée, pouce et index, ce qui donnait une grande force de propulsion. Et l’on avait des petites figurines de cyclistes que l’on plaçait à l’endroit que l’on avait atteint… pensé retrouvant ce souvenir à L’Autobiographie des objets de François Bon.
Rédigé par Florence Trocmé le 12 août 2012 à 14h35 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent | Commentaires (0)
Rédigé par Florence Trocmé le 07 août 2012 à 10h08 dans photomontages | Lien permanent | Commentaires (0)
Inflation de superlatifs
Lassée de l’inflation de superlatifs dans les médias en ce moment. Chaque nageur, chaque coureur est le plus médaillé de tous les temps, toute médaille est un exploit historique. Il faudrait faire un bêtisier de ces expressions et des métaphores des chroniqueurs sportifs qui font dans le lyrisme de bas étage. Pauvre langue ! Et surtout pauvre esprit pollué par cette sottise, cette célébration grégaire (« toute la planète sera devant ses écrans… » eh bien non, pas moi Monsieur et surtout pas les milliards de personnes qui vivent dans des conditions indignes alors que ces « jeux » coûtent si cher).
Mais faire mon autocritique aussi, car je m’aperçois recopiant mes notes d’Allemagne, qu’il y a beaucoup de très, de très beaux, de très belle, de passionnant, etc. !
De l’interprétation (Celibidache)
« Ce qu’on appelle communément l’interprétation, c’est la coquette somme de l’ignorance de celui qui joue et de celui qui écoute » (144)
→ J’avance lentement et peu dans le livre (La musique n’est rien) mais il génère de nombreuses ondes de choc ! Notamment sur la question des harmoniques et celle de la conception d’une œuvre, puisque dit Celibidache avec insistance, la fin est dans le commencement. Un peu comme il le fit au début de sa prise de conscience nouvelle de la musique, vers l’âge de quarante ans, je dois me pencher sur de très petites entités.
Peu travaillé en effet mon piano ces derniers temps, mais pas mal réfléchi en reliant ce que me dit S. et que je peux symboliser, résumer, concrétiser par son amusante expression sur les culminations, petites ou grandes, mais qui est au fond ce que dit aussi Celibidache… c’est l’art des relations, celui de comprendre la nécessité de la musique telle qu’elle est écrite, que ceci mène à cela, que la fin est dans le commencement, qu’il n’y a pas d’interprétation en somme mais parcours dans une topographie bien définie avec ses hauts et ses bas, ses parts ombragées et ses parts en pleine lumière, etc. Ce livre devrait rester posé sur le piano, avec ses soulignements comme autant d’avertissements. Et il faut travailler sur de toutes petites unités, une phrase, une page dans la mesure où je me sais incapable d’embrasser le tout d’une pièce un peu complexe. Apprendre par cœur aussi. Essayer de se détacher sur de toutes petites distances de la partition, du désir de bien faire, des difficultés techniques pour tenter d’éprouver de l’intérieur ce que dit Celibidache (et que lui parvint, parfois, à mettre en œuvre sur la durée entière d’une symphonie de Bruckner).
La musique n’est pas belle (Celibidache)
Ce livre provoque un ébranlement très salutaire dans les idées toutes faites et les certitudes. À ce titre déjà, il fait fonction d’antidote.
« Le seul souci en faisant de la musique doit donc être celui de tout oublier : comment va ce morceau ? Aucune idée. Voyons comment cela va. Si l'on n'a pas encore dépassé le stade de la beauté de la musique, on ne sait encore rien de la musique. La musique n'est pas belle. Elle est belle aussi, mais la beauté n'est que l’appât. La musique est vraie. (La musique n’est rien, p. 143)
Partition, exécution (Celibidache)
« C'est pourquoi, au fond une exécution n’a rien à voir avec la partition, parce qu'il y a là quelque chose qui surgit pour la première fois, même si vous avez déjà joué cela trois cents fois. Si cela ne se produit pas, cette première fois, alors l'acte de création n'est pas authentique, on ne fait alors de la musique qu'à partir de la mémoire. » (Celibidache, p. 143)
La topographie du morceau de musique (Celibidache)
« Chaque morceau de musique à une topographie propre, comme un paysage ici il y a une montagne, là, une vallée, une colline, une rivière, etc. Personne d'entre nous ne peut modifier cela ; mais il est certes possible de l'ignorer. Si vous ne voulez pas l'ignorer, il vous faut prendre garde à toutes les relations. En cela, vous pénétrerez dans ce paysage selon votre échelle, avec votre irritation, votre enthousiasme. Moi je marcherai autrement, mais la différence entre nous deux n'est pas constituée par une interprétation ; cette différence ne s'exprime que dans la matière brute : vous avez mis quarante minutes, moi vingt-cinq. Mais notre itinéraire à tous deux, à travers ce paysage, si imparfaitement qu'il soit dessiné par la partition, est une présentation du paysage, si toutefois nous suivons l'esquisse du compositeur. (MR, p.144)
→ lisant Celibidache, il m’arrive souvent de penser aussi à la poésie, notamment en ce qui concerne la question des relations entre les éléments, les parties : « prendre garde à toutes les relations ».
Bergounioux
Intervention intelligente de Tiphaine Samoyault (dans l’émission avec Bergounioux que j’ai commencé à écouter hier soir), tentant de décrypter ce que nous sommes nombreux à éprouver, cette fascination devant ces Carnets qui au fond ne parlent de rien que du déroulé ordinaire de jours assez ordinaires, lessives et trajets en voiture ou RER inclus. Ce serait cette normalité de la journée, répétée qui serait un des ingrédients de cette fascination.
→ S’interroger aussi sur ce sentiment de familiarité suscité à la longue par la pratique de ces Carnets et qui fait qu’entendant dans l’émission la scie ou ce qui doit être le chalumeau de l’appareil à souder, on a l’impression de voir Bergounioux en action dans son atelier, de savoir où il est dans la maison, de connaître parfaitement Paul soudain évoqué…
Rédigé par Florence Trocmé le 07 août 2012 à 10h06 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent | Commentaires (0)
Balises: Bergounioux, Celibidache, interprétation, musique