Rangements
des livres : quelques réflexions d’une « jardineuse ».
Avancé aussi dans le tri des livres, c’est comme une sorte d’abcès qui
crève, deux ou trois fois par an, tant je redoute ce moment où la masse des
livres devient critique, ou il me faut par conséquent trier, préparer, renoncer
à des livres que j’aimerais garder mais pour lesquels je n’ai pas de place.
Mais joie d’avoir retrouvé une bibliothèque d’accueil (Marguerite Audoux, dans
le 3ème arrondissement, via Mathieu Brosseau), qui va créer un fonds Poezibao ! Et donc plus
simple pour moi, et plus confortable aussi de savoir que je peux retrouver les
livres là.
La pratique du flotoir fait aussi que
j’ai moins besoin d’accumuler les livres. Je sais que je peux retrouver dans
ses pages un peu de ce qui m’a marquée.
Concert (Adam Laloum)
Concert rès intéressant hier soir à « L’Atelier musique » de l’Église
américaine de Paris : découverte qu’il y a là, très souvent, des concerts
de musique de chambre à 17 heures le dimanche. Hier soir un violoncelliste
Jonathan Bloom et surtout Adam Laloum, jeune pianiste que je suis avec le plus
grand intérêt, surtout après avoir écouté et acheté son premier disque, dédié à
Brahms et qui est très beau. J’ai trouvé le violoncelliste peu convaincant, pas
toujours juste et écrasant son partenaire. Jeu un peu monocorde, manquant de finesse et de nuance. De plus la
réverbération de l’église rendait difficile l’équilibre entre les deux
instruments. Mais Adam Laloum, très bon, jeu extrêmement varié, très belle
sonorité. Le programme m’a semblé écrasant : Vocalise de Rachmaninov que j’ai trouvé un peu sirupeux (fait de la
musique ou de l’interprétation du violoncelliste ?), Sonate pour viole de gambe et clavecin n° 2, BWV 1028 de Bach, les Cinq pièces dans le ton populaire
op. 102 de Schumann, tout en contrastes, Mit Humor
même pour l’une d’entre elles, deux belles pièces de Nadia Boulanger dont une
en mi bémol mineur, tonalité pour le moins rare et enfin la Sonate pour violoncelle et piano de Rachmaninov que je ne
connaissais pas, un monument, en sol mineur. Surtout aimé les deux premiers
mouvements et en particulier l’Allegro
scherzando, inquiétant à souhait. L’équilibre entre les deux instruments
était meilleur : du fait de la musique ou du fait d’un ajustement des deux
musiciens. Le piano était non plus l’accompagnement mais le partenaire à part
entière, parfois même le soliste, au jeu virtuose. Belle intensité d’Adam
Laloum très à l’écoute de son partenaire. Je ne suis pas sûre que l’inverse ait
été aussi vrai.
La question de la tonalité
Et toujours la question obsédante de cette affinité avec certaines
tonalités. Celle-ci n’était pas précisée dans le programme pour la sonate de
Rachmaninov et j’avais opté pour fa# mineur mais c’est donc sol mineur… Il y a
une attirance pour une certaine hauteur, tout ce qui tourne autour de fa
mineur, fa#mineur, sol mineur, tonalités qui me donnent un sentiment de
plénitude et d’appartenance très particulier. Pourquoi ? Toujours mon
hypothèse, sans doute farfelue sur le plan musical et scientifique, que nous
sommes, tous et chacun, « accordés » comme un instrument sur une certaine hauteur ? Ou réminiscence
de quelque chose de fondateur dans l’enfance, un fredonnement incessant et
lancinant qui oscillait entre ces tonalités-là ?
Juste (Antoine Emaz)
« Si la voix est juste, elle emporte tout ; même douce, elle
ravage. Un poète n’est pas dans ses thèmes mais dans sa voix. »
(Antoine Emaz, Planche, feuilleton
de Poezibao)
Si importante la justesse, dans la vie, en musique, en littérature ! Si
rare, mais la tension vers,
indispensable. Et cette citation d'Emaz se trouve bien, ici, enchassée entre ces notes sur la musique ! A sa place, juste peut-être, je l'espère en tous cas.
Musique, violoncelle encore (Anne
Gastinel)
Entends le très beau Schelomo,
rhapsodie hébraïque d’Ernest Bloch par Anne Gastinel. Je tourne décidément
aujourd’hui autour du violoncelle ! Vais sûrement réécouter le disque
tellement émouvant de Sonia Wieder Atherton, Chants d’Est. En mémoire de mon amie Maryse Hache avec qui j’avais
été écouter la violoncelliste dans ce même programme, au Théâtre de l’Atelier.
La difficulté particulière du violoncelle, son extraordinaire expressivité : il faut savoir ne surtout pas en rajouter, défaut sans doute parfois du
violoncelliste d’hier, pas tant dans le mauvais goût mais par une intensité
sonore et expressive excessives. Mais pourquoi diable le disque d’Anne Gastinel
est-il intitulé Best of ! Double
trahison, vis-à-vis de la langue française et vis-à-vis de la musique qui n’a
vraiment pas besoin de ces classements à l'anglo-saxonne ! (Réflexion à suivre avec quelques notes autour d'un chapitre du livre de Klemperer sur l'usage des superlatifs).
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