Quatre Variations sur le doute
Il est important de rester doute, être doute, démonter doucement les
certitudes, elles sont vives à s'imposer. Ne jamais croire savoir ou avoir
compris quoi que ce soit. Rester poreux et que les pores accueillent les corps
étrangers mais transitoirement. Et de cela seulement tenter de faire peut-être
non pas miel mais cire. Alvéoles pour d'autres corps étrangers à abriter pour
assurer leur transfert vers les autres.
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Il faut du courage pour lire car lire parfois écrase.
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Ces jours, la lecture de poésie ou d'essais m'affecte trop. Me calme la lecture
de livres ou d'articles scientifiques. Je ne suis plus que spectatrice
totalement incompétente mais fascinée & usant de son imagination. En
littérature, je suis spectatrice partiellement actrice, accablée d'incompétence & à l'imagination parfois bloquée.
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Pour construire un ensemble, une première phase : confiance et peu importe
qu’elle soit aveugle ou excessive, elle est nécessaire pour l’impulsion
première. Mais la vraie signature du travail, c’est lorsque le doute commence à
se manifester.
Du brouillage des catégories
Cette citation extraite d’un important article de Rachel Blau DuPlessis sur
Robert Duncan (dans une traduction inédite d’Auxeméry, confiée à Poezibao, voir ici)
« Il y a, chez Duncan, maints exemples d’un mode de corrélations tout à
fait délibérément an-historique. Il s’agit d’un brouillage incessant des
catégories, et il peut se révéler intellectuellement non-pertinent (pour ceux
qui, disons, se sont surinvestis dans le Logos). Comme cette méthode se fonde
sur l’admiration critique qu’il éprouvait pour la spécialiste de l’occulte
Helena Blavatsky, on pourrait l’appeler méthode blavatskyenne : celle des
« tas de rebut où, au-delà des diktats de la raison, comme dans l’art du
collagiste, à partir de ce qui a été méprisé ou bien est tombé dans
l’indifférence, les genres sont mêlés, des échanges apparaissent, des mutations
se font à partir de déchets et de bribes […] pour former les figures d’une
composition nouvelle » (Duncan 2011, 135)
→ peut-être que je cherche en retenant ici cette citation une caution pour ma
propre façon d’avancer et de travailler, celle-là même qui me fait tant douter
de la validité de ma « méthode ».
Mais je pense aussi aux pages de Patrick Beurard-Valdoye sur le Merz de Schwitters ! Sans doute à cause du
« tas de rebut ». Ramasser ces matériaux, c’est aussi leur redonner
vie parfois, un bref instant, autrement.
… cela aussi, dans ce même article :
« Il est autre chose dans le travail de Barthes et dans ses
développements, qui entre en jeu encore plus dans la discussion concernant
Duncan. « …ce langage-là a pour tâche délivrer les prisonniers :
d’éparpiller les signifiés, les catéchismes… dans le conflit des rhétoriques,
La victoire n’est jamais qu’au tiers langage » (Barthes 1994, 50 ) C’est
ce tiers langage, qui n’est ni prose ni poésie, ni lyrique ni épique, ni
masculine ni féminine, ni celle des enfants ni celle des adultes – dans la
couture étrange [* le qualificatif queer a le double sens de « bizarre » » et
d’« homosexuel »] et polymorphe entre les binaires – que Duncan envisage comme
la poétique de son essai majeur. On est appelé à partager le plaisir délicieux
(autrement dit, douloureux) de ce texte et/ou l’on peut se sentir blessé par
ses excès et ses répétitions, sa rêverie, la satisfaction sans fin de son
propre plaisir. Toutefois, dans ce travail – dans un mouvement critique
énergique, les femmes reçoivent la co-égalité et la co-temporalité dans les
combats artistiques et institutionnels et elles peuvent se revendiquer et se
faire reconnaître pour leurs potentialités. Voilà ce que Duncan a atteint dans
son Livre de H.D. »
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