Lectures
Continué à feuilleter les carnets de Fabienne Verdier sans grande passion,
toujours un peu les mêmes reproches, ce sont au fond des cahiers de recherche mais
ils ne me semblent pas d’une portée universelle ! Avancé aussi Espinosa (L’inexpressif musical) qui n’est pas
sans susciter également quelques réticences, d’autant que j’ai écouté une de
ses interventions
sur France Culture, dans le Journal de la
philosophie de François Noudelmann et que j’ai trouvé qu’il ressassait
presqu’exclusivement une thèse, très répétitive : à savoir l’inexpressivité
constitutive de la musique. Mais lecture féconde toutefois, ne soyons pas trop
sévère. Et toujours, comme en « tâche de fond » Le traité du Zen et… de Robert Pirsig.
Peut-être la raison du ressassement :
Santiago Espinosa écrit : « Tout objet réel, et donc tout objet
artistique étant ainsi ininterprétable
– ne voulant dire rien d’autre que lui-même, étant par conséquent insignifiant -, toujours aux prises avec
la raison qui voudrait faire de lui un autre, il s’ensuit sans doute que nous n’en
disions plus rien hormis l’assertion qu’il est réel. » Le philosophe
doit-il alors se retirer, se taire ? Non, dit l’auteur car « la
réalité, musicale ou autre, ne cesse pas de susciter l’intérêt par le seul fait
de manquer de signification extérieure. » (33)
→ Il semble donc qu'ici Espinosa s'élève contre toutes les théories du signe et
contre tout ce que l'homme de façon artificielle plaque sur les choses ou fait
dire aux choses et singulièrement à la musique.
Une sorte de syllogisme amusant
et qui peut être bien utile dans l’analyse des comportements humains (et je
pense ici aux merveilleux dialogues de
Christine Jeanney !) : « ce sera le cas de tout grand négateur
que d’être en même temps un affirmateur tant qu’il continuera de proférer sa
négation et tant qu’il ne se sera pas tout à fait désolidarisé de l’existence. »
(35)
→ un petit côté La Bruyère là-dedans et pour moi, référence à maints grands
négateurs, dont la négativité parfois me pèse tant.
Un nécessaire apprentissage
Mais se confronter sans lunettes conceptuelles au réel ne va pas de soi et
se défaire des réflexes conditionnés d’interprétation du sens de la musique,
non plus : « On ne saurait aimer quelque objet que ce soit sans
accepter, sans approuver qu’il soit comme il est. Or cet amour s’apprend – et le fait que le réel soit
toujours mis en question ou en accusation montre bien qu’un tel apprentissage
ne va jamais de soi. Il en va de même de la musique : l’amour de la musique,
comme l’amour de toute chose, exige un apprentissage : tout objet réel est
insolite, étrange et c’est cette étrangeté qui cherche à être non pas “comprise”
(assimilée à quelque chose de déjà connue, mais accueillie en tant que telle. [...]
Jouir de la musique implique que nous restions dans son domaine sans regarder
ailleurs. » (36)
De ma méthode
Parfois je note et notant imagine la non pertinence de cette note, la
non-cohérence de cet intérêt avec le
reste. Ce dit reste pourtant s'impose
de plus en plus et à posteriori
souvent j’en découvre la place dans une sorte d’ensemble flou mais non
totalement hétérogène ou hétéroclite. Parfois je le nomme recherche. Sans bien savoir ce que je cherche, mais le cherchant !
Il me semble ainsi que je peux rapprocher ce que dit Robert Pirsig de ce
que dit Espinosa sur le réel : « Avant de percevoir pleinement un
objet, on en a certainement une sorte de conscience non intellectuelle [...] on
ne peut se rendre compte qu’on a vu un arbre qu’après l’avoir réellement vu et,
entre l’instant de la vision et l’instant de la conscience, il s’écoule un
certain laps de temps. On considère parfois que ce laps de temps n’a pas d’importance.
C’est à tort – et cette erreur est injustifiable. »
Et il poursuit par ce propos qui le rapproche en effet beaucoup de ceux d’Espinosa
sur le réel et sur la musique : « L’arbre dont on prend intellectuellement
conscience, à cause de ce bref laps de temps, est toujours situé dans le passé.
Il est donc toujours irréel. Tout
objet conçu intellectuellement est toujours situé dans le passé. » (R. Pirsig,
Traité du Zen et de l’entretien des
motocyclettes, p. 266)
Mompou
Le jeu des hasards, échos et coïncidences : j’écoute l’émission
de France Culture, celle du philosophe François Noudelmann, qui reçoit Santiago
Espinosa que je suis en train de lire (L’inexpressif
musical) et ils citent Mompou, et sa musica
callada, musique du silence, musique tue, alors que Quobuz annonçait ce
matin la parution d’un disque du pianiste Arcadi Volodos entièrement consacré à
Mompou, que j’écoute en ce moment ! Et le recueil Musica Callada est bien présent dans ce disque et ces pièces sont
magnifiques et me font fortement penser à Morton Feldman. Une petite recherche
en ligne me permet de constater que cette idée n’est pas complètement infondée.
Il y est dit aussi que ces musiques font référence à Satie et Debussy….
Il y a en effet un traitement du silence qui est tout à fait extraordinaire.
Silence dont parle constamment Espinosa….