De Françoise Clédat à
Liliane Giraudon
Je passe de la lecture de F. Clédat à celle de L. Giraudon (Madame Himself) et j'éprouve le
sentiment de ne pas être dépaysée. Je n'avais pas à ce jour opéré le moindre
rapprochement entre ces deux œuvres que je suis attentivement, l’une et l’autre
et voilà que soudain ce rapprochement se fait. Il en va je crois d'un rapport original
au corps et à l'identité. Qui parle ?
écrivais-je hier à propos de Françoise Clédat et aujourd'hui reprenant en route
le livre de Liliane Giraudon, je pose la même question (et je relis la très
belle note d'Anne Malaprade.) : on sent
une même capacité par les seuls moyens de l'écriture d'aller fouiller les
questions de la féminité, de la maladie, de la sexualité, de la mort. Par
créatures à peine interposées, princesse
Bambine chez Clédat et Melle Pierrette Davignon chez Giraudon. Même liberté
d'usage d'un matériel thématique très vaste allant de la mythologie au
contemporain en pure anachronie. Ce qui est clair c'est qu’en moi, lectrice,
les deux écritures viennent se rencontrer et s'entretenir. Situation pas si fréquente
il faut le dire. « La vie retournée comme le doigt d'un gant » dit Liliane
Giraudon (44) alors que j'employais hier la même image à propos de l'usage du
conte chez Françoise Clédat.
Je note aussi cette allusion autobiographique de Liliane Giraudon : « Melle Davignon ne possède pas une
vision claire de l'usage qu'elle fait des mots. C'est pourquoi elle dessine. »(55)
Rencontres des œuvres via le lecteur
Une conscience de lecteur serait ainsi comme un lieu où se rencontrent les
auteurs. Il y a donc un autre niveau d’échange possible induit par la
lecture, non seulement d’auteur à lecteur, mais chez le lecteur hospitalier, échanges entre auteurs.
Schubert, Winterreise
Projet d’été, travailler l’allemand aussi avec le lied. Commencer par
Schubert bien sûr, puisqu’il se trouve que j’ai depuis longtemps cet autre
projet, prendre le temps d’entrer vraiment dans ses grands cycles de lieder. Je
voudrais commencer par le Voyage d’hiver.
Pour cela, j’ai téléchargé la partition, sorti le livre-disque paru à la
Dogana, avec un essai introductif de Jean Bollack et une interprétation de
Stephan Genz et Michel Dalberto et choisit en premier lieu dans la discothèque
Qobuz la version Dietrich Fischer Dieskau avec Gérald Moore.
J’aimerais tenir journal de ce travail de découverte, ici, dans le Flotoir.
Schubert, Winterreise, Gute Nacht,
bonne nuit…
Première écoute, très, trop rapide, du premier lied du cycle, Gute Nacht, bonne nuit, mais avec la
partition sous les yeux. En fait, ce lied, je le connais presque par cœur, mais
ce qui me retient, c’est la tristesse qui s’établit d’emblée, avec quelque
chose de doucement, tendrement répétitif dans la musique, essentiellement basée
sur des accords dans lesquels est inscrite la mélodie, descendante, du lied. Le
climat est là et la raison de ce climat se découvre petit à petit : un
homme s’en va qui aimait d’un amour impossible une jeune fille (elle parlait d’amour, sa mère plutôt de
mariage, dit le poème de Wilhelm Müller). Il s’en va donc et souhaite à la
jeune fille, en son absence, une bonne nuit. Le premier vers, déjà, précise :
« Étranger je suis venu, Fremd bin
ich eingezogen / Étranger je repars, Fremd
zieh ich wieder aus » avec ce double verbe si typique de l’allemand,
einziehen, ausziehen, le mouvement inverse, venir, partir, posé là, au seuil de
l’œuvre. Et la répétition en début de vers du mot Fremd, étranger…Évocation aussi du cycle des saisons, le voyageur
étranger était arrivé au mois de mai, il repart alors que le monde est devenu
terne (trübe) et que le chemin est
recouvert de neige, avec la dérision de la rime entre Eh’ le mariage et Schnee,
la neige…. (le livre-disque de la Dogana propose une traduction de Frédéric
Wandelère. Selon une petite note du livre, il semblerait qu’il ait eu comme
prédécesseur rien moins que Gustave Roud et Jean-Pierre Lefebvre (et aussi
Pierre Balascheff, Arlette de Grouchy et Catherine Godin, sans parler de tous
les traducteurs publiés dans les livrets de disques ou de CD).
Cendrars
Préparant la publication de quelques poèmes de Cendrars pour l’anthologie
permanente de Poezibao, je m’aperçois
que dans l’index du site, j’ai écrit (et laissé depuis fort longtemps) la
mention Balise Cendrars, ce qui me semble assez approprié finalement pour cet
immense voyageur et qui est assez ironique, car j’ai choisi comme premier poème
un texte de Feuilles de route qui s’appelle
précisément « Coquilles » : « Les fautes d’orthographe et
les coquilles font mon bonheur. »