De la lecture
(Richard Powers)
« Une intervention artistique ou philosophique ne peut pas changer le
monde mais l'acte de lire, oui. Il permet de prendre la mesure de la complexité
des choses, de voir que le monde nous appelle. »
In « arrêter les pendules le temps d’un roman », Le Monde, article
à propos des Assises du roman à la villa Gillet à Lyon.
Grand père n’était pas un nazi
Découvert via un article du Monde des
livres l’essayiste allemand Harald Welzer, spécialiste de psychologie
sociale (né en 1958) très réputé en Allemagne mais quasi inconnu en France. Il
travaille à la fois sur la mémoire du
passé nazi et de l’autre sur la
perception de la crise et des conflits engendrés par le changement climatique.
(Le
Monde des livres, 29 mai 2013)
« Je m'intéresse depuis les années 1980 et 1990 à la violence radicale et
à la criminalité collective. Le problème est de savoir ce qu'il en est de notre
société. Peut-elle prendre une voie totalitaire ? On croit qu'elle va demeurer
stable pour la simple raison qu'elle l'est depuis deux générations. Mais bien
sûr c'est une illusion.
En Allemagne, nous proclamons et érigeons en norme le "plus jamais
ça". Au niveau des émotions, c'est une autre histoire. Je l'ai constaté
lors d'un séminaire à l'université sur la question des exécuteurs nazis. A ce
séminaire participaient aussi des retraités. Ceux-ci se montraient très
informés en matière de faits historiques. Mais ces docteurs Jekyll se
transformaient en Mr Hyde dès lors qu'ils se mettaient à évoquer leur histoire
personnelle. L'émotion se faisait tout d'un coup palpable. De leur côté, les
étudiants trouvaient cela simplement intéressant.
Nous avions donc deux modes d'approche de l'histoire : celle qui est enseignée,
fondée sur la science historique, et celle qui est racontée et transmise au
sein des cercles familiaux ou amicaux. Les relations entre les deux restent
obscures et c'est pourquoi j'ai entrepris l'étude qui a abouti à "Grand-père
n'était pas un nazi". »
Le plaisir musical
suite de la lecture du livre de Santiago Espinosa, L’inexpressif musical : « le plaisir musical est un
plaisir essentiellement sensible, et les émotions que nous ressentons en
écoutant de la musique sont le produit immédiat de l’écoute des arrangements
musicaux. Plus cet arrangement est élaboré, plus nous sommes habitués à y
porter toute notre attention, plus le plaisir musical s’accroît. » (142)
→ Et voilà, enfin, la joie ! Le terme inexpressif
aurait pu laisser croire à une remise en cause du plaisir et de la joie donnés
par la musique. Il n'en est rien et presqu'au terme désormais de cette lecture,
je dirais que bien au contraire le plaisir de la musique est ce qui passe au
premier plan une fois qu'elle a été comme débarrassée de ces scories romantiques. « La musique n'exprime
rien mais son écoute suscite des émotions et singulièrement la joie. » (145)
Pourquoi ? Et là une réponse au fond assez sidérante : parce qu'elle est une écoute
hospitalière du réel. « Aimer la musique est une façon d'aimer les
choses telles qu'elles sont (et en ce sens aimer la vie telle qu'elle se
présente ». (146)
La vraie écoute musicale est une écoute qualitative,
une attention au réel (149)
Vient ensuite un développement complexe sur désir et joie. « Tout
se passe comme si l'objet réel débordait toujours l'objet imaginaire. (153)
« Ce que la musique nous procure est la contemplation du spectacle de
l’existence comme réjouissant, indépendant de nos espoirs et de nos attentes. En
tant qu'analogon du réel et non en tant que mimesis, elle
nous procure l'intuition de la vie et nous la fait désirer. » (154)
Et se souvenir que « le réel a toujours lieu en infirmant ce que nous
avions imaginé comme possible parce qu'il est toujours nouveau. »
→ ici une interrogation personnelle : j’ai remarqué récemment que mes
interlocuteurs mélomanes les plus compétents et les plus actifs, véritablement,
dans le domaine de l’écoute mais aussi de la connaissance sont tous des hommes.
Je ne les citerai pas ici par discrétion, mais je remarque aussi que si leur
niveau de compétence diffère, certains étant vraiment très calés, à des titres
divers aussi, ils ont un même type d’approche exigeante et très informée. Est-ce
le seul fait du hasard, telle est la question que je me pose… ? Je
remarque aussi que parmi ces amis, deux s’intéressent de très près à la musique
contemporaine ce qui est rarissime. Il y a sans doute encore moins d’amateurs
de musique contemporaine non professionnels que de connaisseurs de poésie non
poètes !
De la perception
« Chaque fois que durant la perception d’une chose, nous nous
adressons à la conscience pour comprendre cette chose, donc à la mémoire de ce
que nous connaissons, chaque fois nous nous éloignons de la réalité de la chose
pour la remplacer par son image. » (155)
→ remarque importante à verser au dossier de la réflexion en cours sur le
conditionnement non seulement de la pensée mais aussi de la perception. Pour
des raisons neurologiques, mais pas uniquement. Nous sommes tellement habitués
à voir ce que nous voyons, que nous ne savons plus le voir, dans sa réalité. Seule,
parfois, fugitivement, la démarche photographique fait un peu bouger les lignes !
De l’effet
temporel de la musique
« [...] effet temporel de la
musique : elle est absolue et rien n’existe en dehors d’elle. C’est
pourquoi entendre ou faire de la musique [...] est une activité qui paraît
entraîner le sujet, auditeur, compositeur ou exécutant, dans un ailleurs absolu
– où la notion même de sujet semble par ailleurs s’évanouir. »(167)
→ Explication de ce phénomène vécu en concert lorsque l'écoute est totale.
Impression que le temps et soi-même ont disparu. Sans doute aussi ce que vit
l’interprète qui a réussi à dépasser toutes les difficultés techniques, mais
surtout de compréhension et d’interprétation, et qui est entièrement dans la
musique. Qui est devenu tout simplement musique et flux de la musique.
Benoît Casas
me donne l’idée d’inclure une section nouvelle dans ce flotoir. Un relevé de phrases lues ou entendues au fil du jour.
Datées et référencées. Mais parfois très elliptiques et fragmentaires. Il
faudra que la phrase m’ait retenue à un titre ou à un autre.( trois entités,
corps, cœur, esprit)
Une expérience (quelque chose me dit qu’elle sera éphémère)….
Voici un extrait de la quatrième de couverture de L’Ordre du jour de Benoît Casas, publié
hier dans Poezibao.
« L'Ordre du jour est le journal
d'une année, du premier janvier au 31 décembre. [...] L'Ordre
du jour est aussi une traversée de la bibliothèque. Le livre est en effet
construit à partir du traitement d'un immense corpus de phrases datées. Les
phrases qui composent chaque texte titré d'une date du calendrier proviennent
toutes de textes (journaux-poèmes-lettres. (les auteurs sont multiples)) datés
eux-mêmes de ce jour ».
→ Cela pourrait donner une sorte de centon…. un précipité verbal du jour… en
toute reconnaissance de dette à Benoît Casas, mais aussi à tous les grands
compilateurs et noteurs.
L’idée serait aussi de rendre compte un peu de tout cette langue, ce flux permanent, vu, lu, entendu, assimilé ou non….
et la variante que cela introduirait, c’est que cela se ferait dans tous les
registres.
Herbier 310513
(J’ai toutes les références, les tiens à disposition des lecteurs le cas
échéant mais les efface ici)
L’alphabet
est juste parce qu’il est beau.
La critique est ainsi à concevoir comme un lieu d’accueil et d’écho de
l’œuvre.
Il vaut mieux qu'il pleuve aujourd'hui plutôt qu'un jour où il fait beau
De la connectique neuronale !
Cours d’allemand difficile hier, je manquais de punch, les neurones
connectaient un peu lentement. Cela m’a fait prendre conscience, subitement, de
ce que doit vivre un élève lent dans
une classe…. ! Les choses viennent, elles sont là, mais elles demandent un
tout petit temps de latence pour se manifester. La mémoire est bien remplie,
mais le temps de transfert est allongé…. c’est sans doute aussi cela vieillir.
La pensée n’est pas affectée, elle est toujours aussi vive, me semble-t-il et
sans prétention, ce sont plutôt les autres mécanismes qui sont affectés par ces
fatigues passagères. Nous n’étions que quatre, de plus, donc très sollicités,
par une professeur qui nous parle comme si nous étions de langue maternelle
allemande !
Et cela alors que je découvre dans un article de Pour la Science qu’en un certain point du cerveau, chargé du
traitement du son, une seule synapse géante remplace 10 000 synapses
minuscules, précisément pour éviter d’infimes décalages temporels dans le
traitement du son, décalages qui pourraient induire des erreurs d’appréciation.
Juste appréciation cruciale pour nos très lointains ancêtres vivant dans un
milieu dangereux, ce qui explique cette structure particulière de cette zone du
cerveau. (article)
Herbier 010613
L’idée de l’herbier de phrases (ici souvenir du titre de Michel Volkovitch,
Verbier) m’intéresse, mais je me
rends compte que celle d’en faire une sorte de création littéraire, beaucoup
moins ! Collecte oui, potage non.
Gardons le principe d’un possible ramassage de citations, d’extraits de
lettres, de conversations…. de préférence très brèves. Expérimentons quelques
jours : toutes les expériences non pertinentes s’arrêtent d’elles-mêmes.
Mars est comme les archives de la Terre
Entre le Marteau et l’écume
Définies au départ pour dénombrer /la
croissance des populations de lapins/les suites de leonardo fibonacci / se
trouvent partout dans la nature
Registre des déchets sortants pour votre
conformité