De l’analyse des textes (Derrida)
« Quand on analyse des textes littéraires par leurs signifiés en cherchant
à reconstituer leur signification, on subordonne en effet le signifiant, la
littéralité, la matière littéraire à des idéalités. » M. Goldschmit, Jacques
Derrida, une introduction, p 226)
→ Pensée très féconde sur la littérature, le texte, qui peut m'aider beaucoup
dans mon approche de la critique littéraire. « Aucun texte, aucune surface
n'est donc immédiatement lisible sans délai ni relais, tout texte reste en un
certain sens illisible, sa lisibilité ne se livre que différée, à travers le
travail de la lecture et de l'écriture.
→ Ce qui me renvoie à une idée venue en lisant le livre de X, que certains
livres devaient être travaillés un peu comme une partition musicale, d'abord
lentement, dans un déchiffrage très attentif au moindre détail, pour pouvoir
ensuite être lus-joués rapidement, dans le tempo requis par le texte, la
musique.
De la spectralité (Derrida)
« Derrida découvre, thématise et conceptualise la vie comme
traces, cendres, spectres. Il pense en ce sens la spectralité des phénomènes,
l'effacement qui arrive d'avance à ce qui arrive, la disparition au cœur de
l'apparition des phénomènes. (227)
L’apparition disparaissante dont un des symboles les plus forts reste à jamais
pour moi l’effacement de cette fresque dans un film de Fellini (?) au moment où
le percement de la paroi la met en contact avec l’air.
Note de passage
La remise en jeu de l'absente par une présence ressemblante.
Le trouble, la joie, le chagrin.
De la déception, produit du verbe (Proust)
(Claude Simon, Quatre conférences)
Déception de Proust devant le Balbec réel qu'il compare à ce Balbec imaginé par
lui, « produit du verbe, des mots, des descriptions que lui en avaient
faites Swann et Legrandin ». 24
→ Le produit du verbe, le produit des mots ! À
ressasser. Vertigineusement !
S'ensuit chez Simon un magnifique jeu de fondus enchaînés où il montre comment
Proust va compenser la déception portant sur l'église par un très fort
investissement de la bâtisse du Grand Hôtel. Qu'il décrit à l'aide de termes
architecturaux qui sont ceux que l'on utilise pour les églises: narthex,
châsse. (28)
Voir sans yeux (Pesquès)
« Écrire qui produirait cela, de la transparence, comme voir sans
yeux. Ou faire avec la colline comme avec le film impressionnable. Le film
plongé dans de la grammaire et tiré en noir et blanc. » (Nicolas Pesquès, La
Face nord de Juliau, onze, douze,
p. 31)
Effet d’écho
Je m'interroge sur cet effet d'écho qui si souvent s'établit entre
différentes lectures que rien ne semble rapprocher objectivement. Est-ce pure
affaire de subjectivité ?
Il y a une sorte de bruit de fond de l'univers, le ground du
lent frayage dans le régime répétitif mais varié de X. Et Derrida dont
finalement le peu que j'ai perçu encore de ses idées s'applique comme par
enchantement (spectral) à tant de choses lues.
S'agit-il d'une forme de détournement, appropriation, malvenus ou bien d'un
nourrissage qui par rumination fait bol et lait ? Je ne sais pas, je
m'interroge.
Du noir, toujours (Pesquès)
« Noir avance, noir ne tourne jamais en rond mais il est
infranchissable, une fosse d'immémoire. ». (32)
« Noir jusqu'à ce que l'écriture pénètre dans un domaine qui cesse
d'être le sien, pénètre ce qui l'expulse. » (33)
« Nous avons des yeux pour lire un point c'est tout.
Écrire pour ajouter une dimension à ce point ». (34)
→ Après une première suite de poèmes, quelque chose qui ressemble à un
journal. Du moins si on se fie à la date apposée, d'un 20 février à un premier
mars.
Les choses réelles ont une vie de fantôme écrit Pesquès qui ne
serait sans doute pas contesté sur ce point par Derrida. (40)
Retour au noir (Pesquès)
« Une synonymie entre commencer et mourir. » (43)
Le même mot d'ailleurs, crépuscule pour le matin et le soir.
« Lumière faible qui se répand lorsque le soleil est en dessous de
l'horizon, le matin ou le soir; moment correspondant de la journée » ici
→ je me souviens de ce petit panneau à l’entrée d’un de ces
grands cimetières vallonnés et gazonnés aux États-Unis : do not
enter from dawn to dusk, la résonnance de ce double d et l’idée de la
lumière déclinant ou pointant sur les tombes perdues dans la verdure, sous les arbres.
→ Ce début du dernier opus paru de Pesquès est une méditation sur le noir et
sur la nuit. Une interrogation explicite aussi sur la cécité. « Comme s'il
y avait quelque chose d’interne à protéger, à ne toucher que par écartement , à
sans fin bouter hors de la visibilité, hors de la lisibilité (50)
« Quand on gèle une fonction, on déclenche un autre corps un amplificateur
de surprises. » (51)
→ Il s'opère comme une sorte d'expropriation ici, de Juliau mangé par la nuit.
Et Pesquès s’enjoint d'ailleurs : ne pas quitter la colline. (52)
De la citation
Il faut se poser la question, cruelle pour tout ce flotoir, de
savoir si toute extraction à usage de citation ne relève pas d’une pratique
abusive en détournant à des fins propres une part de l'œuvre. Il faudrait alors
non pas extraire mais intégralement recopier. Ou ne rien découper du texte.
Peut-on donc sortir sans sortir ?
→ Alors comment lire. En laissant le livre tomber en soi sans s'en approprier
ce qui convient (souvent par analogie pure à soi ou à son monde propre). Et comment
ensuite écrire de ce livre. Citer, tout autant que traduire, n'est-ce pas
trahir ou dénaturer ? La citation doit-elle être comparée à la traduction en ce
sens qu'elle aurait comme « métadonnées » (toutes ces informations liées
aux fichiers des photos numériques) une forte part de subjectivité ? Celle d'un
lecteur singulier?