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Rédigé par Florence Trocmé le 01 octobre 2013 à 11h16 dans photomontages | Lien permanent
Orgue
Récital de Kalevi Kivienemi à Saint
Sulpice, ce dimanche 29 septembre 2013, à 16 heures. J’ai trouvé ce concert
très quelconque. Et finalement les deux seules pièces convaincantes, pour moi,
étaient les pièces d’organistes patentés, Dupré et Widor. Comme souvent, rejet
de ma part pour les transcriptions d’œuvres pour piano à l’orgue, ici du Liszt.
Pas passionnée non plus par la création mondiale de Three Adagios de Aulis Sallinen, ni par les pièces de Sibelius. À
mon sens, abus par l’organiste de la pédale d’expression (mais je peux me
tromper, ne suis pas spécialiste du tout !) Sommes partis après la toccata
de Widor, toujours aussi enthousiasmante et avant une seconde transcription de
Liszt et une improvisation.
Du trou de mémoire (Bernard Noël)
Et comme bien souvent, attention
portée aux questions sur la mémoire. Cela faisait un moment que je cherchais le
nom de l'ancien correspondant en Italie de France2. D'autant plus que le style
de l'actuel correspondant, Renaud Bernard, me fait souvent penser à la faconde
de l'ancien correspondant. Je le cherchais encore tout récemment et j’étais sur
le point de me résoudre à me servir de Google, lorsque soudain, j'ai constaté que
le nom était là, à disposition -Maurice Olivari- parfaitement formé, irréfutable,
avec une forme de présence surprenante. Venu d'où, sorti d'où, alors que je ne
l'attendais plus. Parce que je ne l'attendais plus ? [Mais faisant une petite
recherche pour confirmer l’orthographe du nom du journaliste, je constate que c’est
pour TF1 qu’il travaillait !).
Le nom sur le bout de la langue, le trou béant si bien exploré par Bernard
Noël, dans Le Syndrome de Gramsci ! :
« j’appelle “syndrome de Gramsci” la première manifestation d’un cancer de
la langue généralement dissimulé sous la dénomination de “trou de mémoire”
[...] C’est une plaie dévorante, une plaie dans laquelle tout le langage peu à
peu se précipite, une plaie blanche, qui absorbe toute la substance que,
d’ordinaire, la langue transforme et réhabilite sans arrêt. » (Bernard
Noël, Le Syndrome de Gramsci, P.O.L.
1994, p. 23)
De l'intention photographique
Lu un intéressant article sur ce site. Consacré à l'intention
photographique. En fait l'article ne m'a pas tellement convaincue dans son
analyse des différents points de l'intention photographique, mais en revanche,
il me fait prendre conscience de la nécessité de cette intentionnalité.
Qu'ai-je vu, quel ressenti, comment transmettre ce ressenti. Et je retiens ce
schéma : Je vois > je comprends
> je ressens > je cadre et je déclenche.
→ pour moi trop souvent, il n’y a pas de vraie réflexion avant le
déclenchement. Savoir ce que l’on voudrait dire avec la photo que l’on est sur
le point de prendre, savoir pourquoi on a envie de la prendre pourrait contribuer
à améliorer la prise de vue. Sortir du jeu de roulette pour aller vers une
démarche un peu plus pensée.
Derrida, une controverse
Toujours dans le petit livre d’introduction à Derrida de Goldschmit, un
intéressant chapitre sur la controverse qui a opposé ce dernier à J.R. Searle,
(« un des représentants les plus connus de la théorie anglo-américaine des
actes de langage », speech act,
à ne pas confondre avec Harold Searles, le psychanalyste auteur de L’Effort pour rendre l’autre fou.)
Itérabilité (Derrida)
Je relève : « Ce à quoi
la pensée de Derrida fait droit : l'itérabilité ou la répétition qui altèrent, comme
condition de possibilité de toute écriture. »(177)
→ et faisant une recherche sur ce terme d’itérabilité, je tombe de nouveau sur
le formidable Derridex et sur cette proposition :
« L'itérabilité, qui déplace et
déjoue les limites oppositionnelles, est en rapport essentiel avec la force de
déconstruction »
Proposition qui est glosée ainsi par Pierre Dalayin : « Dès qu'il y a
citation, dès qu'elle est déchiffrée par un autre, l'expression est altérée,
travaillée par une modification. On s'écarte de l'intention initiale, on
transgresse la loi ou le code qu'on répète. La logique classique de la
classification, de l'opposition et de la répétition du même ne peut jamais
empêcher ni même limiter les pouvoirs de la greffe, elle ne peut jamais exclure
qu'un parasite vienne la brouiller. Cette structure d'itérabilité n'est
dépendante d'aucune logique, elle ne laisse intacte aucune opposition, elle
contamine toute convention. »
→ ces questions me semblent importantes pour le flotoir, qui cite tellement, dont la fonction même serait de citer
mais qui aussi s’approprie et certainement détourne, en répétant. Qui ne cesse
de modifier l’original.
L’écriture de Derrida
Ce qui est passionnant à observer,
c'est la façon dont Derrida use de tous les recours possibles de la langue pour
épouser au plus près, au plus juste la complexité et la subtilité de sa pensée.
Dans une de ses réponses à Searle, Derrida recourt à l'anglais, fait un jeu de
mots sur le nom de son opposant et enfin emploie ce beau mot d'obvie qui a quelque chose d'un peu
désuet même si Roland Barthes l'a utilisé dans son titre L'obvie et l'obtus.
Obvie, évident, qui semble aller de
soi.
De la violence dans la discussion
(Derrida)
«Il faut reconnaître la violence politique ou autre, telle qu'elle est à
l'œuvre dans les discussions académiques ou intellectuelles en général. Et si,
comme je le crois, la violence reste en fait à très peu près irréductible, son
analyse et la prise en compte la plus raffinée de ses conditions seront les
gestes les moins violents, peut-être des gestes non-violents, en tout cas ce
qui contribueront le mieux à la transformation des règles juridico-politique:
Dans l'université, et hors de l'université. ». Citation de Derrida dans le
livre de Goldschmit, page 184 ; la question de la violence dans la
discussion est extrêmement importante, je l'ai éprouvée très souvent. Et bien
sûr j’ai sans doute aussi souvent été à l'origine d’une telle violence, même à
mon insu. Le pouvoir intellectuel, la mainmise sur autrui par la discussion
peuvent être, sont, constitutivement, violents. Ils ne cherchent pas à entendre
l’autre point de vue, ils cherchent à le mettre en pièces, à le ridiculiser, à
le nier, à la déprécier. A le détruire, soit par mépris, soit par ce qu’il
dérange.
Et comment ne pas souscrire pleinement à cela : « la déconstruction et
donc, de part en part, aimantée par la responsabilité à l'égard d'une “éthique
de la discussion” ; quels que soient les lieux où elle travaille, elle agit
toujours dans le sens d'une plus grande politesse et de la moindre violence.[...]
La déconstruction travaille à transformer la violence de la discussion en
jouant et en misant sur l'analyse et sur la pensée, plutôt que sur la
polémique. » (M. Goldschmit, Jacques
Derrida, une introduction, p. 184)
Derrida, toujours
Dans la même veine encore :
« L'incompréhension est peut-être le risque structurel de la
déconstruction, si celle-ci crève le tympan de l'oreille philosophique. » (187).
Autre citation qui ne peut que faire penser à tout contexte de discussion
politique et de pouvoir quel que soit ce pouvoir : « c'est au nom du
dialogue et du consensus que les conditions de possibilité de l'altérité dans
le discours et la pensée ne sont pas ouvertes, que l'espace pour l'altérité est
fermé, et que la possibilité d'une autre politique et d'une politique de
l'autre est interdite. » (194)
→ tellement souvent constaté que la nécessité du dire (ex. nous chercherons
systématiquement le dialogue) cache presque toujours l’impossibilité du faire.
Lire (Agnès Desarthe)
Je lis avec plaisir le livre d’Agnès
Desarthe, Comment j’ai appris à lire.
Et je réalise que j’ai besoin parfois de lectures un peu moins denses que mes
lectures habituelles ! Très belle formule à propos de ce que, mine de rien,
on imposait aux jeunes esprits en formation : « la terreur masquée par
l'assertivité »
→ oui on assénait des vérités, des dogmes. Sans ouvrir aucune possibilité, sans
proposer une invite salutaire à en douter. Cela avait quelque chose de
terrifiant en effet et je me souviens avoir éprouvé très fortement dans mes
années de formation un certain nombre de blocages nés d’une forme de terrorisme
intellectuel qui sévissait à l’époque (en musique par exemple, mais aussi en
littérature. Il fallait être boulézien ou telquelien et en dehors, point de salut.
Un Auxeméry, un Yves di Manno expriment très bien la difficulté à trouver leur
voie d’écrivain en ces temps-là, à trouver quelque chose qui sauve de ces
emprises-là (pour eux deux, ce fut la poésie américaine).
Et puis que j'aime cela aussi, si drôle : « j'ai un problème avec
l'histoire, j'ai toujours l'impression d'avoir manqué le début. » (88)
→ Moi aussi j'ai un problème avec l'histoire, mais d’une autre nature : c'est que
tout me semble faux non pas parce que les historiens mentent mais parce que l'Histoire
me semble totalement amputée de la vie telle qu'elle était alors vécue. Je ne
connais pas les sons ni les odeurs de l'époque par exemple. C'est aussi
dévitalisé que la guerre à la télévision.
Rédigé par Florence Trocmé le 01 octobre 2013 à 11h10 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent