Penser par soi-même
Que cela est difficile, comme il est difficile d’arriver à penser un peu par soi-même, noyés que nous sommes dans un flot d’avis contradictoires, eux-mêmes se contredisant intrinsèquement la plupart du temps. Autrefois, on employait ce mot d’examen de conscience qui maintenant n’est pas beaucoup plus utilisable que le mot âme. Mais pourtant il s’agit bien de cela parfois, examiner ce que, en conscience, là où nous sommes, avec notre éducation, notre inscription dans un temps, un lieu, un contexte social précis, nous produisons, qui souvent n’est pas de la pensée, mais peut-être être examiné soigneusement pour devenir un germe de pensée, un « grain de pollen ». Pauvre, connue comme pauvre, limitée mais présente.
Les certitudes, sans doute pires que tout. Et la bonne conscience, aussi, un péril permanent. Mais il ne faut pas verser pour autant dans le doute de soi qui paralyse.
Dans ce difficile et parfois douloureux travail de construction, il me semble que la littérature est une aide puissante, elle qui sait tout envisager, tout décrire, tout dire, du plus magnifiquement humain jusqu’au plus profondément abject. Nous montrer l’ampleur du monde, sa complexité inouïe, aussi qui nous rendent bien démunis.
Et précisément, mon chemin croise celui de cette citation d’Alberto Manguel, donnée dans la brochure trimestrielle du Musée d’Art et histoire du judaïsme et qui sonne particulièrement en ces jours : « le véritable pays d’un lecteur est en fait, celui des écrivains dont il lit les livres ».
Elfriede Jelinek encore
dont je cherche, sans en trouver la possibilité, à réécouter les entretiens avec Christine Lecerf donnés en 2007 sur France Culture. Les « 1000 jours » pendant lesquels la réécoute en ligne est possible, sont malheureusement écoulés. Peut-être une future « Nuit de France Culture » ?
Entretiens dont je retrouve, ici, cet extrait :
Christine Lecerf : Walser n'est pas seul, il appartient pour vous à une famille. C'est ce que vous décrivez dans ce recueil consacré à vos affinités littéraires, vous placez Walser aux côtés de Celan, Trakl, Hölderlin ou Sylvia Plath. Tous ces écrivains ont en commun, dites-vous, de ne pas être sûrs d'eux-mêmes et surtout de ne pas être chez eux.
Elfriede Jelinek :"Wer ist denn schon bei sich, wer ist denn schon zuhause". Ces vers sont extraits d’un poème d’Elfriede Gerstl. Qu’est-ce qu’être soi-même ? Les écrivains qui crient constamment au « je » en se désignant eux-mêmes ne m’intéressent pas. Seuls m’intéressent ceux qui connaissent la vulnérabilité du moi. Ceux qui disent « je » mais désignent autre chose qui n’est ni leur ça ni même leur sur-moi mais tout ce qui les traverse en écrivant, et je veux me compter parmi eux. Ce sont des écrivains de l’écriture chiffrée. Des écrivains qui, lorsqu’ils écrivent, cessent d’être vraiment eux-mêmes.
Une route, quelque part (Ludovic Degroote)
Très beau texte de Ludovic Degroote, ancien, repris chez un nouvel éditeur, Le Phare du Couseix. Une route, entre Llanover et Blaenavon, au Pays de Galles. Texte qui a pour fonction et effet de dé-payser, tant par sa structure, sa manière de procéder à la fois déterminée -il y a un but, on est sur une route- et rêveuse, que par tout le contexte évoqué où les noms propres, si étranges parfois, jouent pleinement leur rôle (Craig yr Allt, Dan-y-graig, Castell Fferwynt). La route traverse une lande et le texte semble s’engendrer lui-même, non pas au hasard mais selon une logique particulière, peut-être inspirée par les taillis, par les talus « érodés, ravinés, qui ont défait la terre de leurs souches », mettant « à nu la lente idée de l’érosion qui lutte pour aider à mourir celles des choses qui ne sont pas encore émerveillées ». Car « la lande ne vit pas, elle est ; peut-être pour cela qu’elle offre cette impression de ne pouvoir qu’être traversée ». Certains textes, petits par le volume, ouvrent de grands espaces intérieurs et donnent le sentiment de traverser des paysages presqu’archétypaux.
Le son (André Hirt)
Superbe chronique d’André Hirt sur le site « le Strass de la philosophie », site que son créateur, Jean-Clet Martin a heureusement renoncé à fermer.
C’est une méditation sur le son que donne cette fois André Hirt, dans sa « Chronique du 16 ».
Je relève par exemple : « Sera philosophe celui qui se crèvera en pensée le tympan de la finitude, cette mince pellicule ou ce film de chair, pour écouter et recomposer la texture infinie du réel. On ajoutera que la pensée est à la condition du sonore, celle de l’aptitude à capter l’émergence, depuis la noise du fin fond de l’univers, de l’origine de la manifestation. Ne pas pouvoir (vouloir ?) penser, c’est en effet avoir l’oreille bouchée. »
Mais aussi cela, terrible, prémonitoire : « Le Moderne a inventé le bruit. Le Moderne : lumière et bruit ; autant dire nuit et vacarme. Cette nuit dans laquelle il s’enfonce comme le train de l’Histoire qui a perdu son conducteur rejoint, dans l’indifférence, la noise primitive de la matière bouillonnante du cosmos, par quoi l’Histoire retourne à la nature ».
Tout ce que nous n’entendons pas (André Hirt)
Cela encore : « Toutefois, il y a tout ce que nous n’entendons pas, que les animaux et sans doute les plantes entendent. Il y a aussi, on doit nécessairement le supposer, ces sons qui nous sont adressés, qui nous traversent et que le spectre, finalement minime, de notre capacité auditive, n’est pas en mesure d’inclure. De cette réalité négative, que la science peut mettre en évidence, il faut nous faire une raison. »
→ ce que l’on nomme si curieusement, le spectre, le spectre sonore, le spectre des couleurs, avec ces infra et ces ultra que nous n’entendons pas, que nous ne voyons pas.
L’autre jour, très prosaïquement, lors d’un court et banal traitement par ultra-sons d’une douleur dans le bras, je m’interrogeais sur le chemin de ces ultra-sons. Ils génèrent des vibrations m’expliquait le kiné, qui vont atteindre les tissus et « décoller » ce qui est figé par l’inflammation.
En termes plus précis, cette explication : « Les vibrations provoquent dans les tissus des compressions alternées à des expansions selon une périodicité correspondant à leur fréquence, ce qui cause des variations de pression. Cet effet mécanique provoque de véritables micro-massages qui peuvent aboutir à une dilacération des fibres du tissu conjonctif. Cet effet est appelé, effet fibrolytique ou sclérolytique, mis à profit dans le traitement des adhérences et des cicatrices. »
Le son soigne, évidence pour moi depuis toujours !
Spectre
Mais pourquoi le double sens de ce mot spectre, à la fois apparition fantastique, fantomatique et image des sept couleurs de l’arc-en-ciel ou graphique donnant la représentation d’une grandeur physique. Cette rêverie si souvent sur les franges du spectre : oui, comme le dit André Hirt, ce que nous n’entendons pas, ces fréquences qui sont écrasées dans les programmes de compression de la musique (mp3), aujourd’hui et qui en appauvrissent tant la perception, que les ORL pensent que cela peut induire à la longue une forme de surdité ! Les explications du Trésor de la langue française n’éclaircissent pas totalement le double emploi de spectre : « Empr. au lat. spectrum, dér. de specere, spicere « voir, regarder », utilisé comme équivalent du gr. « idole » dans la philos. épicurienne pour désigner, au plur., des simulacres, émanations d'objets physiques donnant lieu à des images mentales ou des apparitions. Au sens B pour traduire le terme spectrum empl. par Newton. »
Le sens B aurait-il à voir avec la partie non percevable par l’homme, ces franges du spectre, les infrarouges, les ultrasons, l’ultraviolet, etc. ? Ces rayons qui parfois révèlent l’invisible ? Une radiographie comme un spectre ?
Une demande autant qu’une adresse (André Hirt)
« Et encore, puisqu’il n’y a de son qu’à la mesure de l’attention qui le recueille, il faudrait considérer que cette dernière n’est jamais suffisamment fine, que ce qu’elle surprend parce qu’elle est de fait surprise possède une ressource ou une réserve d’audibilité qu’il convient de prendre en compte. Dans un son réside une demande autant qu’une adresse. »
→ toute la question, cruciale, centrale de l’écoute. Et celle de l’éducation de l’oreille. Cette invalidité, le mot n’est pas trop fort, souvent ressentie de n’avoir pas reçu cette éducation, enfant, de ne pas avoir la musique pour langue maternelle, comme les musiciens professionnels. Cette idée toutefois, pour ne pas désespérer, que quelque chose est perfectible, que l’oreille peut s’éduquer même tardivement. Il y a une « réserve d’audibilité », dit A. Hirt. L’oreille peut apprendre à discriminer plus finement, par exemple en s’exerçant à définir des intervalles entre deux notes ou à développer une capacité d’entendre la polyphonie ou l’harmonie et pas seulement la mélodie dominante, celle que l’on tendrait à chanter. Le son musical est incroyablement profond, en lui-même puisque l’on sait qu’il est composite, riche de multiples harmoniques (que l’on peut aussi apprendre à percevoir) et dans le contexte d’une œuvre, où il n’est qu’une minuscule entité, comme nous-mêmes, incluse dans une masse considérable.
André Hirt fait ensuite l’indispensable distinction entre un bruit et un son, distinction difficile mais qu’il faudrait méditer longuement. Il dit que contrairement au bruit, le son est un « évènement », déjà venu, non encore incorporé à la conscience, quelque chose qui devient et qui peut « se faire langage » s’il est accepté par la conscience.
Je suis traversée périodiquement en lisant ce texte pas cette question, formulée ici dans le langage trivial quotidien « c’est quoi, ce bruit ? » et je réalise qu’il serait plus juste sans doute de dire « c’est quoi, ce son ? ». Renvoi à notre part animale, au cerveau dit reptilien, question où perce la peur bien souvent ? Car suscitée par un son inhabituel, non identifié. André Hirt cite au demeurant, au tout début de son texte, Nietzsche qui « faisait de l’imminence du danger l’origine de la conscience. »
→ je reviendrai sûrement à ce texte d’André Hirt qui est tellement dense et porteur pour moi que je ne puis l’assimiler en une seule fois !
Un Tombeau de Georges Perec (Laurent Grison)
Dans la belle petite collection d’Yves Perrine, La Porte, collection discrète mais donnant souvent des textes de qualité, ce livre Le Tombeau de Georges Perec de Laurent Grison. Cinq parties, des poèmes, brefs, où l’on devine des allusions à toute l’œuvre de Perec, dans ses divers aspects, mais sans doute principalement autour du thème de la disparition. N’est-on pas dans cet exercice bien particulier que l’on nomme un Tombeau, telle la pièce de Ravel, par exemple, Le Tombeau de Couperin. (dont le titre si souvent se mêle en moi avec cette autre titre magnifique de Ravel, et la musique l’est tout autant, Pavane pour une infante défunte).
Dans le livre de Laurent Grison, je retiens notamment ce quatrain, à la toute fin : « le noir est parole / dans la boutique obscure / le recollement des ombres / est un travail de voyant »
Un Tombeau c’est un peu un recollement des ombres, des spectres, des réminiscences, une collecte des traces, des empreintes pour permettre peut-être cela (je cite le dernier vers du livre) : « ls choss rprndront vi ». Le travail de Perec, le travail des écrivains : un travail de voyant.
Nuit Tombée (Christian Bernard)
Autre toute petite collection, distillant de beaux textes, celle de walden n press. Je lis Nuit tombée de Christian Bernard, 2012) : « qui se souvient des constellations de lucioles » et j’entends résonner les considérations de Georges Didi-Huberman sur ce thème, en lien, si mes souvenirs ne me trahissent pas, avec Pasolini.
Je lis aussi : « [...] Tout miroite / à nos alouettes Comment faire pour surnager au lieu / de couler net dans le cours continuel des choses »
La plupart des poèmes sont des sonnets, il y a beaucoup de jeux autour des mots, bienvenus la plupart du temps mais donnant aussi parfois le sentiment d’une virtuosité un peu creuse, qui pourrait être induite par la forme contrainte choisie par le poète ?
Et la réponse à la question posée par ce texte « comment faire pour surnager, je l’emprunte de nouveau à Jean-Michel Espitallier, car il y a, il y aurait bien un élément qui unifierait ce que nous retenons, chacun, dans le cours continuel des choses. Il s’agirait de s’occuper de ce qui nous touche. Sans forcément comprendre, d’emblée, comment cela fait sens avec le reste de nos préoccupations. Et avec aussi cette évidence, qu’il faudrait avoir le courage d’aller vraiment vers tout ce qui nous touche, positivement ou négativement, ne pas retenir que ce qui exerce un attrait sur nous, mais aussi ce qui nous repousse, nous effraie, nous angoisse….
Soudain, cette mélodie
Soudain cette mélodie, un peu maladroite, au piano, lointaine. Larmes aux yeux. Musique des origines. Quelque chose en moi s’est souvenu de ces jours désormais si lointains, ceux des premières notes de musique entendues. Sur un piano ? Elle qui ne jouait presque jamais, aurait-elle, un jour où nous étions seules, elle et moi, née de si peu… ?
Le petit tambour
J’ai commencé à visionner sur medici.tv un très beau documentaire que Leonard Bernstein consacre à Mahler, sous le beau titre « Le petit garçons batteur », « The little drummer boy ». Jamais docte, toujours émouvant, Bernstein quand il « médiatise » la musique, sa connaissance de la musique. Il s’attache ici à analyser une composante qu’il dit très peu explorée de la musique de Gustav Mahler, sa composante juive. Il montre ainsi comment la fameuse marche funèbre sur le thème de Frère Jacques de la première symphonie est coupée, entrecoupée par un autre thème celui d’une noce juive. Avec le recours notamment au mode phrygien, « le seul qui commence par un demi-ton ». (sur les modes musicaux, une bonne page de Wikipédia). Mode phrygien souvent retrouvé dans les musiques tsiganes, andalouses, arabes.
Bernstein souligne le rapport de ce qu’il appelle cette Jüdischlichkeit de la musique de Mahler avec la langue yiddish, « compendium d’influences linguistiques sur fond de moyen-haut allemand ». Alors même que selon lui la musique de Mahler repose sur le langage allemand autrichien, celui de Mozart, de Beethoven, de Brahms, mais qu’il vient parfois s’y mêler des « échos de la diaspora ». Pour lui, les lieder du compositeur sont particulièrement représentatifs de ce mélange de sources, en plus d’être souvent les « graines » ou les « racines » des symphonies. Il s’attarde notamment sur le Knaben Wunderhorn, Le Cor merveilleux de l’enfant, cette anthologie d’un millier de poèmes datant du Moyen Age jusqu’au XIXe siècle et beaucoup exploitée par Mahler. En fait un recueil de chants et textes populaires (Volkslieder) germaniques, rassemblés par les poètes Achim von Arnim (1781-1831) et Clemens Brentano (1778-1842) (voir ce bel article)
Rumination (Pierre Vinclair)
Bonheur à le lire, fierté de le publier dans Poezibao : l’étonnant feuilleton au très long cours que Pierre Vinclair consacre à The waste land d’Eliot.
Préparant la copie de ce lundi, je note la chute du texte : « Mieux que la traduction et que le commentaire : la rumination. »
Sorte de pirouette facétieuse, puisque précisément tout ce Pierre Vinclair vient de faire c’est tenter de traduire et de commenter. Mais à partir d’une posture très particulière : celle d’un non-spécialiste, qu’il s’agisse de la traduction ou du commentaire, celle d’un amateur peut-être, au plus beau sens du mot tels ces « grands amateurs » d’un célèbre concours de piano qui en remontreraient à certains pianistes professionnels. Passionné, passionnant et surtout avec une fraîcheur critique par rapport au texte, ne s’interdisant aucune idée, aucune association mais en cherchant alors à les fonder. Etayant son travail sur sa capacité de chercheur, sans aucune naïveté.
→ La rumination, il me semble que c’est ce que propose toute une tradition exégétique. Ces textes que l’on porte en soi, depuis les textes sacrés jusqu’aux poètes contemporains et qui se révèlent au fil du temps et au fur et à mesure de la vie qui va. Comme si, sur le fixe, l’immuable des mots, l’éclairage changeait, au fur et à mesure que tourne la lumière, du matin au soir. Comme si leur profondeur, leurs résonances, leurs relations n’apparaissaient que progressivement d’être mêlés, confrontés à l’expérience de la vie.
Alphabet (Philippe Jaffeux)
Bel entretien de Philippe Jaffeux avec Emmanuelle Jawad sur le site libr-critique. Philippe Jaffeux dont je suis le travail depuis plusieurs mois avec le plus grand intérêt et que j’admire profondément, en raison de son œuvre et des conditions dans lesquelles il parvient à la construire, atteint qu’il est depuis des années par une maladie neurologique (il y fait quelques allusions dans cet entretien, raison pour laquelle je me permets d’en parler ici). Nous avons d’ailleurs en projet de réfléchir ensemble sur écriture et mouvement.
Je note ces mots qui me touchent d’autant plus que ce matin j’ai recopié ligne à ligne une des pages d’un de ses livres, tout récemment paru, Autres courants, pour « l’anthologie permanente » de Poezibao. Je suis donc vraiment dans l’aura de son texte et de son écriture : « Mes textes sont toujours en devenir, ce sont des processus qui sont surtout liés à une pratique systématique du doute. J’hésite sur chaque mot que je m’apprête à écrire ou à prononcer. Alphabet n’invoque pas d’idéaux ou d’essences, il ne se réfère à aucun absolu. Si j’ai une méthode, elle consiste à essayer de me limiter à n’être rien d’autre que ce que je suis présentement en train de faire. J’essaie d’avoir une relation immédiate, instinctive, pulsionnelle avec des mots qui s’assemblent entre eux grâce au hasard et au chaos, qui est l’unique loi de mon écriture. Les phrases ainsi formées sont imprévisibles et, en retour, ce sont elles qui fabriquent ma pensée : je deviens alors aussi une création de mes textes. »
Et à propos de ce projet sur écriture et mouvement : « L’énergie de mon travail est d’abord électrique car elle émane des ordinateurs. Mes nerfs éprouvent aussi du plaisir à être mis en éveil par le flux électrique de ces machines. Toute la dynamique de mes textes est soutenue par un alphabet électrique qui aspire surtout à être l’incarnation d’un mouvement, d’un élan transcendant et libérateur. »
Lire (Philippe Jaffeux)
Toujours attentive à tout ce qui concerne les modes de lecture pour ne pas dire le régime de la lecture, je suis très intriguée par cette phrase de Philippe Jaffeux : « Lorsque je lisais des romans, toujours très longs, je ne cherchais pas vraiment à m’évader mais à me retrouver dans un état d’hypnose proche de l’extase ou de la torpeur. Mes séances de lecture étaient des performances qui devaient s’effectuer dans des limites de temps. »